Chroniques gustatives.
A Hiroshima, les rues, principalement les artères supposées passantes, sont tout aussi dépeuplées qu’à Osaka. Il faut arpenter les galeries commerçantes pour y trouver ramassée la foule qui rajeunit brutalement quand la journée touche à sa fin. On y aperçoit de belles élégantes s’abritant sous une ombrelle, un parapluie, quand bien même les rayons du soleil se fraient difficilement et très rarement un passage à travers la masse nuageuse. L’une d’entre elles s’engouffrait dans un restaurant dont l’interminable plaque chauffante me laissa entrevoir ce qui devait être la spécialité locale: l’ Hiroshima-yaki
Naturellement, je lui emboitais le pas, aussi fasciné par la beauté de ses jambes, sa nuque dégagée, que les promesses de ce plat généreux, convivial et peu onéreux dont j‘étais curieux de découvrir l‘interprétation locale.
La jeune femme disparut dans un salon et alla rejoindre un groupe d’amis installés autour d’une plaque chauffante. Quand à moi, je rassemblais mes esprits et pris place au comptoir face à la plaque, laquelle - j’allais très vite l’apprendre - serait également ma table à manger.
L’Hiroshima-yaki est une variante de l’okonomiyaki,
celui-même qui m’avait tant enthousiasmé à Osaka. On retrouve naturellement la crêpe, le choux, ainsi que l’œuf, les épices, les tranches de lard, l’agrément de notre choix (crevettes, moules,
huitres, kimchi, etc…), et pour finir, l’inévitable sauce okonomi. La cuisson se fait toujours cuite sur plaque chauffante. La différence notable, et de taille, consiste en
réalité en ces soba fraiches (nouilles de sarrasin) bouillies à la minute avant d’être jetées sur la plaque pour servir de base au plat qui conserve son aspect impressionnant de petite
montagne triomphante.
Si les soba ajoutent une saveur inédite et bienvenue à cette préparation déjà riche et fort consistante, ce qui retient surtout mon attention et me ravit sans commune mesure est bien ce dispositif qui fait en sorte que la crêpe soit cuite exactement sous mes yeux avant d’être déplacée à quelques centimètres de cette mince bande de table en bois sur laquelle sont dressés mes couverts, la plaque faisant ainsi office d’assiette.
J’ai tout se suite aimé cette idée de cuisine directe et sans intermédiaire, dégustée sur le lieu même ou celle-ci à été produite et travaillée. C’est un peu comme observer un chef à l’œuvre dans sa cuisine puis déguster le plat sur un coin de table, piocher directement dans la poile. On se régale plutôt deux fois qu’une, on apprécie le privilège.
Le lendemain soir je retournais euphorique à cette adresse et commandais l’Hiroshima-yaki aux poireaux. Plus légère parce que cuisinée sans soba mais préparée avec de l’agneau c’était un délice sans égal.
2-7-7 Otemachi
Naka-Ku Hiroshima
(La grande artère coupant en son milieu le passage Hondori)
Tel: O282 248 2900