Chroniques gustatives.
Déjeuner d’un plat de spaghetti dans une galerie marchande de la gare de Kyoto peut paraitre incongru, faire sourire, voir hérisser le poile. Certains crieront même à l’hérésie tant l’étendue de la gastronomie du Kansai semble sans limites, parmi l’une des meilleures qui soit.
On aurait tort de railler ou de prendre à la légère une telle démarche, laquelle, certes, peut être interprétée comme un pied de nez, une offense à cette cuisine qu‘il faudrait une existence entière pour faire le tour et comprendre, sentir profondément jusqu'à l‘éprouver dans sa chair.
Seulement, l’expérience du voyage m’a appris à quitter les sentiers balisés, à me présenter là ou je ne suis pas attendu, quitte à aller droit à l’échec.
Ce goût pour les chemins de traverses, les voies incertaines aura été à l’origine de quelques une des plus belles révélations qui soient. Ainsi, sur une plage du Kerala, je dégustais la meilleure mousse au chocolat de mon existence. Pareil pour Taichung, sur la côte occidentale de Taiwan, ou je ne faisais qu’une bouchée du meilleur hamburger jamais goûté. A Shanghai, je me régalais de crêpes à faire pâlir les maisons du quartier de Montparnasse, quand dans la capitale cambodgienne, ce fut au tour d’une famille de me mijoter une bouillabaisse mémorable.
Aussi sera-t-on à demi surpris d’apprendre que dans les méandres de la gare de Kyoto se cache un restaurant italien proposant un choix unique de pâtes (spaghetti), à vous faire décoller du sol.
Comme les japonais ne sont jamais à court d’idées pour rendre plus agréable et simplifier le quotidien de chacun, on est un peu sur un nuage lorsque nous est annoncé cette formule qui permet d’opter pour deux demi portions de pâtes- rassurant pour les indécis comme moi qui sont souvent incapables de trancher. De même, si on se sent un gros appétit, rien ne nous empêche de commander un plat de pâtes qu’on fait suivre d’une demi portion au choix.
Toujours dans cet esprit qui se veut à la fois ludique et amusant, on trouve plutôt sympathique l’idée de troquer l’inévitable fourchette pour des baguettes. Très vite, on se demande même comment diable on a pu faire pour toutes ces années durant apprécier les pâtes sans l’aide de ces béquilles!
Installé au comptoir avec vue directe sur la cuisine ou donnent de la voie poêles et casseroles, je suis pour le moins soufflé lorsque je vois débarquer le premier plat que sont les spaghetti vongole bianco pleines de vivacité, d’envie, un brin explosives. L’ail, les fines herbes, l’huile d’olive et un piment pour corser l‘affaire, rien ne manque, et avec ça les pâtes brillent de désir (le brillant des pâtes, fondamental selon Eric Briffard, un soir qu’il se confiait à moi) et en bouche provoquent des ravages. Suivent les spaghetti aux crevettes, chair de crabe et lamelles de veau, captés dans une sauce à la crème...Desarmant...
Inutile de préciser que ces pâtes valent largement celles dégustées en Italie et n’ont pas à rougir au vu de ce qui est proposé à Paris. C’est l’un des avantages du voyage, de débusquer des perles rares dans les lieux les plus imprévisibles.
Goemon
Centre commercial Porta, situé sous la gare de Kyoto.