Chroniques gustatives.
C’est à Bikan, dans le quartier historique s’étalant entre le canal et la colline Tsurugata, que je déguste par deux fois cette spécialité locale qu’est le sushi de sardine. Ou je peux juger du rôle déterminant joué par le vinaigre, lequel utilisé en quantité excessive peut gâcher le filet et faire obstacle à ses saveurs. La première expérience fut donc la bonne ou l’équilibre poisson/vinaigre fonctionnait à merveille. Moment mémorable ou je croquais la première bouchée. La chaire du poisson envahit mon palais, s’y développa et m’«obligea» à réclamer une seconde portion.
Il n’y avait là rien d’anormal: l’heure de fermeture était proche, j’étais seul, des accords de flûte glissaient jusqu’à mes oreilles et je savais le chemin du retour magique avec ses ruelles éclairées à la lumière des lanternes, son canal que j’allais emprunter et dans lequel se reflétait la lune, ces gros poissons qui surgissaient de nulle part pour retomber dans l’eau dans un bruit étouffé.
C’est au bord de ce canal que j’eus une pensée émue pour Dazai Osamu, l’auteur de Dernières années, de La déchéance d’un homme, de Soleil couchant qui se jeta non pas dans la rivière Tamagawa (Tokyo) comme il est très souvent précisé, mais dans un étroit canal d’adduction gonflé par la saison des pluies, une réalité qui colle mieux au personnage dont on connait le goût pour les bas fonds, la tragédie, deux domaines non exempts de beauté.