Chroniques gustatives.
Les murs sont jaunes comme dans mon souvenir les façades colorées de certaines maisons de la vieille ville de Hoi An. Ce jaune pâle qu'on retrouve dans l'intérieur bohème du couple formé par le frère et la sœur dans ''A la verticale de l'été'', le joli film tendre et contemplatif de Tran Anh Hung. Ce jaune précisément qui force à se souvenir, qui amène à s'émouvoir.
Au mur, une poignées d'affiches décolorées étalant sur une vieille carte les colonies composant jadis la péninsule indochinoise. On regarde, on imagine, on se dit c'était ça.
Un vieux meuble en bois rempli de livres de cuisine et de voyage. L'évasion à portée de mains.
Une ampoule a claqué. On ne la change pas sur le champ. Ça attendra. En Asie rien ne presse, on a tout son temps. Le temps on en fait chaque matin provision. On l'amasse, on le ventile ou bien on le dilue comme dans cette Pho ou rien ne manque pour qu'elle trouve grâce à nos yeux. Si riche, si bonne, qu'on en fait notre reine d'un jour.
Emi-Lee, donc, gracieuse franco-vietnamienne prend la précaution de nous avertir que le bœuf n'est pas jeté cru au dernier moment dans la soupe comme c'est le cas dans les rues de Saigon ou d'ailleurs, mais marinée puis cuite à l'avance. Ce qui ne gâte en rien le plaisir. Le bouillon est dense, merveilleusement parfumé, la viande est tendre. On sourit, on se sentirait presque heureux.
Avec trois délicieux petits rouleaux de printemps porc/crevette roulés maison la formule revient à 9 €, ce qui est plutôt bon marché. Outre le soupe, on a le choix entre le Bo Bun, le Ban Mi et puis c'est tout. Ce qui est déjà bien.
Emi-Lee
21 rue des Messageries
75010 Paris
01 45 23 98 67