Chroniques gustatives.
Palerme compte quatre grands marchés dont ma préférence va à ceux du Ballaro et du Borgo Vecchio. C’est toute la joie retrouvée des marchés d’Asie avec ces fruits de mer en profusion, ses poissons en grâce, mêlée à l’euphorie des marchés africains.
On n’y vient rien chercher en particulier, on se laisse simplement cueillir par des scènes de rue cocasses, la forme inhabituelle d’un légume, l’odeur envoutante des herbes fraiches. On est attentif au moindre détail, on questionne, on écoute avec intérêt sans comprendre un seul mot, simplement pour la beauté de la langue, son chant, sa petite musique.
Il se peut que nos pas nous conduisent du marché à une petite église oubliée sur une place vierge de toute présence. On pousse la porte épaisse pour s’installer sur un banc, ravi de profiter brièvement de cette fraicheur que l’on espérait plus. Bien qu’elle ne franchisse pas les portes de l’église, la rumeur du marché continue de circuler en nous. Nous l’entendons avec une netteté telle que nous avons déjà quitté le banc pour retrouver la rue, la ville et son marché, cette frénésie que l’on préférera toujours au recueillement, à la gravité.