Chroniques gustatives.
Avec la nouvelle route à huit voies fonçant en direction de la mer, aussi impressionnante et peu empruntée que la fameuse et fantomatique ''Centrale'' de Cuba , on est à la maison en moins de temps qu'il n'en faut pour garnir un banh mi qui est dans la moindre échoppe le jour et la nuit avec ce qui se fait en la matière à Paris.
Et comme le séjour commence et s'achève toujours dans la cuisine qui est la vraie pièce de vie de la maison, c'est sans surprise que Ngo met illico la main à la pâte (ce qui est le cas de le dire) pour lancer une soupe de wonton cuisinée en un clin d’œil.
''Plus facile, ça n'existe pas'', nous apprend-il, les doigts repliant délicatement un carré de pâte pour y emprisonner une petite boulette de farce de porc pendant que cuit la soupe (ail et oignon mis à frire dans de l'huile, eau, sel, poudre Knorr, crevettes déshydratées ou non, porc haché, ciboulette carottes émincées).
Attention à ne pas faire l'erreur de faire cuir les raviolis dans la soupe, nous met en garde Ngo. En effet, on les cuira à part avant de les plonger à la sortie du bain dans l'eau froide puis de les badigeonner d'un peu d'huile, deux précautions valant mieux qu'une afin qu'ils ne collent pas. Au moment de servir on ajoute du poivre et un peu de piment frais naturellement fraîchement émincé, pour la couleur mais aussi parce qu'on aime ça.
La chaleur n'est pas écrasante mais l'effet du voyage si. A peine émergé d'une sieste qui n'a de reposante que le mot, voici que Ngo surprend tout le monde (du moins moi) avec ce dessert qu'il n'a pas été bien long à concocter le temps de ma brève retraite. Il s'agit de tofu servi chaud avec du lait de coco, quelques perles de tapioca, du gingembre et du sucre de canne, qui a pour nom tofu dâu hu. A mille lieues encore du tofu tel qu'on nous le sert sous nos latitudes, celui-ci étant produit au quotidien et en continu par un marchand dont l'atelier se trouve à une centaine de mètres à peine de la maison. ''Cette soupe, ce dessert, c'est mieux qu'au restaurant !'', ne puis-je m'empêcher de remarquer, me doutant bien que le chef ne sera pas insensible au compliment. ''Tu crois?'', réplique-t-il, modestement.
Le poulet au curry jaune, patates douces et lait de coco est sans l'ombre d'un doute l'un de mes plats favoris, d'où sa présence ce soir là sur la table, bien encombrée comme il se doit (vermicelles de riz, pickles de papaye, pousse de soja et concombre etc...). Le retour d'un prince n'aurait pas été plus dignement célébré.