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Chroniques gustatives.

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Pho, inévitablement (Saigon, Vietnam 27)

(Fi 1)

La maison est une ville ouverte. On commence à lui rendre visite. Elle s'anime et le quartier avec, qui se lève et se couche avec le karaoke. Des membres de la famille passent, des hommes, des femmes, des enfants aussi. La maison se colore, prend des sourires; elle se fait toute belle. Ce matin j'apprends que le chiffre 5 porte malheur. Aussi, lorsque est confirmée la sortie prochaine à la ferme de Ben Tre, prend-on soin d'éviter le 5 et de partir le 4 (calendrier vietnamien), le 5 s'avérant néfaste pour le voyage et les affaires. Pareil pour le 14 et le 23, lesquels additionnés font 5. Si je connais les raisons de l'aversion des chinois pour le chiffre 4 dont la prononciation est similaire au mot mort (d’où l'absence dans les immeubles de 4ème étage ou de 4ème rangée dans les avions), on reste incapable de m’expliquer l'hostilité envers le 5 qui est une veille croyance Aussi, les deuxième et troisième jours du mois les superstitieux ne manqueront pas de rester sur leurs gardes (2 et 3 faisant 5.)

(Fi 2)

Les légumes et les épices fleurissent la table de la cuisine en prévision de la Pho au poulet qu'on s'apprête à cuisiner pour le déjeuner. C'est bien entendu le plat vietnamien le plus populaire mais aussi le plus massacré (profané?) sous nos latitudes.

Fi 3

La table est remplie à ras bord des ingrédients nécessaires à l'élaboration de la soupe et on continue néanmoins de rentrer du marché les bras chargés d'encore plus de légumes, de racines, d'herbes fraîches et d'épices. Pendant que la poule cuit dans l'eau avec un bouquet d'épices (gingembre, badiane, cannelle, coriandre), des petits oignons et des navets, on grignotte des tranches de papaye entre deux gorgées de café au lait concentré.

Fi 4

On prépare les herbes, le basilic thaï, la menthe, la coriandre épineuse et on émince le piment avec au dessus de chaque geste des rubans de mots. On raconte des histoires du temps d'avant ou l'on manquait de tout, ou du jour au lendemain on est passé de l'aisance à la pauvreté, ces années de souffrance lorsque glisser au dernier moment quelques tranches de bœuf maigre dans la Pho était devenu un luxe.

Fi 5

Ngo m'apprend que lui et sa sœur tiennent la recette de leur mère, laquelle en 1975 suite à l’emprisonnement de leur père en camp de rééducation et la confiscation de tous leurs biens a été contrainte pour assurer l'existence de la famille de vendre sa Pho sur un bout de trottoir près de l’Hôtel de Ville. Sa soupe était si réputée qu'il y avait foule dès 6 heures du matin et ce jusqu'à 8 heures, heure à laquelle s'arrachait le dernier bol.

Fi 6

Les nuits précédents le nouvel an sont l'occasion de sortir jusque tard. Aussi populaire chez nous que la crêpe Nutella ou le panini tomates mozza; le khoai my (manioc trempé dans du lait de coco et du sucre puis cuit à la vapeur) soulage les petites faims de nuit.

Fi 7

(Fi 8)

On en achète un demi kilo à un coin de rue qu'on va tous ensemble déguster dans un café autour d'une boisson qui n'arrivera jamais à la hauteur du kumquat confit maison rafraîchi avec de l'eau, du sucre et beaucoup de glace.

Fi 9

(Fi 10)

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