Chroniques gustatives.
L'exposition florale de l'avenue Nguyen Hue bat son plein sous un soleil écrasant. Autant que peut l'être la beauté de certaines femmes qu'on photographie avec probablement plus d’enthousiasme que les orchidées.
Comme chaque année on vient des quatre coins de la région s'offrir un bain de couleurs en descendant l'avenue rendue piétonne longue de près d'un kilomètre.
La nuit, le spectacle est encore plus saisissant et la foule grossit de la tombée du jour jusque tard.
C'est la sortie familiale incontournable de l'année. On se fait beau, on enfile sa plus belle robe, on prend
la pose, on change de profile, on recommence devant un parterre de fleurs encore plus ravissant. On rentre à la maison légèrement étourdi, le cœur palpitant. C'est un peu la Saint Valentin avant
l'heure.
La journée ne commence pas autrement qu'en cuisinant. Toujours quelque chose sur le feu. Du matin au soir.
Aussi, la cuisine est-elle la pièce la plus vivante de la maison, qu'il faut se représenter comme un ventre jamais rassasié.
Ce matin on nourrit les morts. On mange après eux, dans les
mêmes assiettes. On porte peut-être les baguettes à ses lèvres avec une pointe de réticence.
C'est qu'on pourrait sentir les esprits souffler sur sa nuque. La maison est habitée. Elle se remplit doucement de présences, de bruits. Les vivants et les morts, la vieille histoire. C'est le plus grand des soleils pour les accueillir.
La fête du Têt a largement été détaillé ici-même l'an dernier.
Radha y assiste pour la première fois et n'a pas assez de mots pour témoigner de son enchantement. Pareil pour le feu d'artifice du nouvel an qui l'a durablement marqué. Je n'en ai jamais vu de
plus beau, me confie-t-elle, encore émue. Je crois que je suis tombée amoureuse du Vietnam, lâche-t-elle, enfin. Ce qui ne me surprend qu'à moitié.