Chroniques gustatives.
On a peut-être rien vu d'aussi beau depuis longtemps que les îlots
de calcaire baignés par les eaux cristallines de la Baie de Bacuit. Le meilleur moyen de les découvrir, c'est encore de grimper dans l'une de ces bangka, ces bateaux à balancier traditionnels ressemblant à des araignées blanches
bondissant sur l'eau profonde et bleue avec un léger sifflement et une vive ondulation écumeuse, bien plus silencieux et moins polluants que les insupportables longtails boats thaïlandais.
Si les fonds marins en revanche n'égalent pas pour le snorkling ceux de Ko Tao (la région est surtout réputée pour ses sites de plongée), on ne manquera pas d'être bluffé voir totalement bouleversé par les lagons de l'île de Miniloc dont on progresse dans le chenal à pas de loup, avec mille précautions, avant de déboucher sur un énorme bassin naturel encadré de murs de karst couverts de jungle. Le dégradé de bleus qui précède l'apothéose est déjà un spectacle à lui tout seul qui s'imprime pour l'éternité sur notre rétine.
A première vue, le second lagon, le plus petit des deux, on ne le voit pas et c'est bien le diable si à bout de patience et un peu au bord du désespoir on devine enfin une anfractuosité dans la roche qui est plus qu'une invitation, une invective, et qu'on franchit à la nage pour déboucher sur un nouveau bassin fréquenté par des familles de poissons multicolores.
Les poissons, on aime autant taquiner leurs écailles quelques mètres sous le niveau de la mer que les regarder cuir sur une petite grille en équilibre précaire au dessus du sable, juste à l'entrée d'une grotte, quelque part sur une plage de Simizu.
C'est donc l'heure de déjeuner, qui n'est pas le pire moment de la journée, où l'on croque à pleines dents des maquereaux avec de faux airs de Robinson.
Une juste récompense.