Chroniques gustatives.
Dans le temps du voyage, j’accueille toujours avec la même ferveur tous
les évènements que le hasard peut semer sur son chemin. Pour moi, il n’y a pas de bonnes et de mauvaises situations. Toutes les situations méritent d’être vécues avec délectation, car il y a dans
chacune d’elles cette parcelle d’humour qui sauve l’homme de la dégénérescence et de la mort.
Aussi, rien n’est plus désagréable que de déjeuner sous les rayons de soleil qui nous cuisent le dos et la nuque, aussi, sur les coups de midi, tandis que mon regard panotait d’un côté puis de l’autre de la chaussée, remarquai-je ces hommes de dos qui cassaient la croute face à un mur. Quelque part, on les dirait puni, pensais-je avec amusement. Un tel dispositif n’est pas rare à Rangoon ou le moindre bout de trottoir est mis à profit pour qu’y soit installées une poignée de tables et de tabourets en plastique.
Quelquefois, avaler une soupe exige du client de produire maintes contorsions pour parvenir à faire tenir le bol brulant en équilibre sur ses genoux. Cela par exemple pour ces gargotes dont la seule table vaillante est celle sur laquelle sont posés une succession de récipients contenant les différents mets. L’exercice est périlleux mais fort amusant, surtout qu’on s’y régale fort souvent. Et lorsqu’on se livre à de telles acrobaties devant une jolie jeune fille au corps précoce d’adolescente, on est partant pour renouveler l’expérience.