Chroniques gustatives.

Le lieu est familier des amoureux et amateurs éclairés de thé. Certains y viennent comme ils se rendraient à un pèlerinage; avec émotion, humbles, imprégnés de la Voie du thé et de ses codes, mais également animés d'un désir ardent, ou bien encore viennent-ils de céder à un mouvement d'heureuse nostalgie.
D'autres y pénètrent poussés par la curiosité, comme aspirés par cet alignement de boîtes cylindriques, pourvues chacune d’un idéogramme, tapissant le mur sur toute sa hauteur, et visibles depuis depuis la façade en verre.
Tous, probablement, sont saisis d'émotion devant ce somptueux comptoir en bois sur lequel sont posées des balances anciennes - dont un très beau modèle remontant au second empire - des services, des briques de puer; l'ensemble donnant l'illusion de flotter, serein, libre de toute pesanteur dans ce ce décor offert à l'extérieur que la lumière pénètre avec douceur.
Parce que les thés varient selon leur cru, selon leurs terroirs - comme les vins - et que son usage, en plus de creuser aux racines de l'être et d'éclairer notre modernité, est autant un
art de vivre qu'un art de penser, Maître Yu Hui Tseng réputée pour être l'un des meilleurs experts au monde et qui la première, a introduit en Europe la pratique du Gong Fu Cha, a rêvé son espace comme le carrefour des meilleurs thés imaginables, exclusivement d'origines chinoises et taïwanaise. Plus de 1000
références transitent ainsi chaque année dans la Maison des Trois Thés, Maître Tseng sélectionnant et achetant la feuille sur pied (en faible quantité et dans des petites plantations respectant
les chartes biologiques), avant d'en orchestrer la fabrication.
Une jeune femme dont la beauté m'envahit d'une joie étrange, m'apprend également que de grands chefs mais encore des œnologues, des sommeliers ou des «nez» de parfum viennent se former ou exercer
leur palais lors de cours dispensés par Maître Tseng.

Elle fait silence au moment qu'elle pose la théière sous la flamme de la torche. Je venais m'imprégner de ce lieu qui dégage une vague impression de langueur, j'envisageais de n'y rester qu'un
bref instant et c'est néanmoins avec joie que j'accepte sa suggestion de m'installer afin de goûter un thé préparé au gong fu cha.
Mon choix se porte sur un wen shan bao zhong, d'une grande fraîcheur en bouche, aux accents légèrement fruités, parfois fleuris. J'aime le style fluide, sans précipitation de la jeune
femme, disons un style simple et sain qui participe à me faire éprouver une concentration du corps et de l'esprit dont la simple dégustation d'une tasse de thé est souvent à l'origine.
Après, c'est silence, un bien être qui l'emporte sur les mots.
La Maison des Trois Thés
1, rue Saint-Médard
75005 Paris
Tél. : 01 43 36 93 84
www.troisthes.com/