Chroniques gustatives.
On est dans l’East Village, jadis quartier hautement politisé et
contestataire qui est loin d’avoir vendu son âme puisqu’il poursuit sa lutte contre les ambitions carnivores des promoteurs immobiliers et fait même figure de modèle en la matière ses habitants
n’ayant quasiment pas changé, composés en grande partie d’étudiants, d’artistes de marginaux, de prostituées, mais aussi de pubards et de traders. Après avoir dépassé un bar à jus de
fruits comme on en trouve tant à New York, j’avise une petite devanture flanquée d’un kangourou en plastique jaune et hilare qui me laisse à penser qu’il s’agit là d’un petit resto
Australien.
C‘est en effet le cas et après avoir descendu quelques marches, je me demande ce que l’on mange dans cet endroit qui ne paie pas de mine. Par exemple des tourtes préparés uniquement à partir de produits bio, garnies de viande hachée, de poulet au curry, de crevettes, végétarien ou encore des pains aux saucisses, des chaussons à la viande.
Vivement recommandé par le patron fondu de rock alternatif de privilégier le breakfast pie que j’aperçois parmi tant d’autres tourtes, impérial, chargé jusqu’à la gueule, faisant la bronzette dans son espèce de garde manger vitré, j’opte en effet pour cette spécialité qui compte à peu près tout les ingrédients qui peuvent nous passer par la tête - pomme de terre, oignons, saucisse, bacon œuf, fromage, haricots et je dois en oublier une bonne moitié.
On s’attendrait à un pie cataplasmique, un vrai plat de bucheron mastoc et aux saveurs indistinctes et c’est curieusement tout le contraire, ce qui ne peut tenir que du miracle mais surtout du grand savoir faire du chef qui ne s’est pas contenté de secouer et de renverser son frigo dans sa tourte. Sans parler de sentiments, on pourrait dire qu’il y a mis beaucoup d’intérêt, de manière à alléger au possible le monstre.
Même chose avec le mesclun de salade cultivé sur les toits de New York, frais, vif et aromatisé à l’huile d’olive et au gingembre. Rien de transcendant, me direz-vous, si ce n’est qu’à Paris on peut courir pour se voir offrir une telle assiette (en général une salade avachie et flinguée par une vinaigrette corrosive). Si en plus on ajoute qu’on y boit des limonades bio, que le patron comme son cuisinier sont très sympathiques - comme l’est également la clientèle d’habitués - on se dit que tout compte fait Tuck Shop vaut franchement le détour.
Tuck Shop
68 E 1 st près de la Première avenue
East Village
Station: East Side-Second Avenue
Site: tuckshopnyc.com