Chroniques gustatives.
C'est merveilleux, le printemps. On s'extirpe de son bureau, on claque la porte chez soi et on pousse d'un pas nonchalant jusqu'au marché des Enfants Rouges, le plus ancien de Paris, qui doit son nom à l'hospice du même nom dont les enfants portaient un uniforme rouge. On sait avant même de pénétrer sous la halle qu'on déjeunera le plus tranquillement du monde en terrasse, soit à l'une de ces longues tables d'hôte, soit à une petite table coincée dans une allée. C'est même une certitude puisqu'à midi tapantes on passe commande au comptoir ouvert sur la cuisine d'un donburi de sardines, de deux beignets de pomme de terre et d'un thé glacé aux céréales (13,80 euros au total) et qu'une fois muni de notre ticket on s'installe au soleil, au calme, qui n'est pas le moindre des luxes à Paris.
C'est exactement au moment ou l'on s'empare de baguettes pour les essuyer par précautions dans une serviette en papier, que les souvenirs de l'ambiance fascinante des marchés couverts d'Asie se rappellent à nous. On pense qu'il n'y aurait pas beaucoup à forcer l'imagination pour se croire attablé à Fukuoka, à Bangkok, à Saigon. Et cet agréable sentiment de se communiquer aux doigts qui actionnent déjà les baguettes, portent à la bouche un filet de sardine divin (Takeo, la patronne originaire du Kyushu n'a pas à chercher loin pour se fournir puisque qu'elle pioche ses produits parmi les différents étals du marché couvert.) Le riz est peut-être faiblard (trop cuit, en dehors du coup), les algues, divers ingrédients marins, quelques fèves rassemblées aux extrémités du bol suffisent à rendre ce plat solide et convaincant. Les croquettes au léger goût sucré fondent dans la bouche avec délice quand le thé glacé finit de nous transporter sur ce continent auquel on ne pense jamais sans émotion et qu'on s'apprête à regagner d'ici quelques jours.
Takeo
39 rue de Bretagne
75003 Paris
Tel: 01 48 04 34 59