Chroniques gustatives.
Un basilic thaï mystérieusement introuvable dans les épiceries chinoises du XIIIème arrondissement mais peut-être en embuscade dans celles de Belleville; du safran, de l’anis étoilé et du cumin à me procurer au Caire, l’épicier du 63 prodigieusement fourni en denrées de premier choix; l’occasion était toute trouvée de faire dans la foulée une pause déjeuner au Baratin de Philippe Pinoteau, aussi réputé pour ses vins naturels, que pour sa petite table tranquille.
C’est un bon quart d’heure avant midi. A l’exception de deux habitués qui biberonnent au coude à coude au comptoir de bois verni qui en a vu passer d‘autres, les deux petites salles communicantes que compte le bistrot restent invariablement désertes. Le temps, comme à l’accoutumée est mauvais, c’est veille de fête et après avoir jeté un œil à l’ardoise détaillant le menu unique du jour à 16 € pas excitant pour deux sous (salade de betterave, fenouil à l’orange, tête de cochon en salade, bouillon de barbue et ses légumes pour les entrées, ragout de lotte et seiche à la tomate ou bien collier d’agneau à l’indienne en plats), j’en conclue que depuis les vacances le Baratin doit fonctionner au ralenti. Comme pour illustrer ma réflexion, j’immortalise à travers mon viseur Beaujo, le chat mascotte de l’établissement (au même titre que Mickey au Select), qui pique un somme sous la fresque sur bois.
L’entrée à peine servie (un réconfortant bouillon de barbue), les clients commencent enfin à affluer, discrètement d’abord puis par deux, par trois, bientôt suivis d’une poignée de touristes, yankee pour la plupart.
Parce que Beaujo cache forcément quelque part sous son pelage un capteur ultra sensoriel, ce dernier sentant les salles se remplir se dresse sur ses quatre pattes sans avoir pris la peine de lever le museau et encore moins de tourner la tête (Beaujo a du métier), et le voilà qui se détend de tout son long, lâche un interminable bâillement et saute de sa chaise sur la mosaïque du carrelage pour venir se glisser nonchalamment entre mes pieds et se faire gratifier au passage d’une caresse dont il se contrefout superbement avant de poursuivre son chemin dans la plus complète indifférence.
Maintenant, si la salle est bien remplie, le repas mitonné par la pimpante Raquel Carena, ne décolle pas et se ramasse même gentiment. Le collier d’agneau à l’indienne est une belle plantade visuellement disgracieuse et gustativement médiocre (viande exagérément grasse et de qualité moindre, absence impardonnable de sauce, d’épices, malgré l’abondance de riz blanc cuit à la perfection).
Allons bon, on ne prendra pas la poudre d’escampette pour autant. On sait que le Baratin donne toute sa mesure le soir avec sa carte appliquée, fouillée qui puise dans notre terroir. Et puis, l’atmosphère de camaraderie et la cuisine de marché même border line de ces adresses qui n’ont rien à envier aux restos routiers de la nationale 7 gardent toujours ma sympathie, d’autant plus que sur le fil, mon déjeuner s’achève sur une compote de pommes au citron touchante dans sa simplicité.
Le Baratin
3 rue Jouye Rouve
75020 Paris
Tel: 01 43 49 39 70