Chroniques gustatives.
Dans mon imaginaire, le nom de Jean-Paul Hévin reste toujours associé à celui de Zelda, cet escarpin en chocolat inspiré d’un Stiletto à la cambrure étourdissante (son talon aiguille chatouille les 10 cm de hauteur), un concentré de 72% de cacao qui est l’objet de convoitise et de ravissement de plus d’un fétichiste du pied (35 pied droit, en ce qui concerne Zelda.)
Loin de réduire le grand chocolatier Jean-Paul Hévin à ses créations épisodiques dont certaines sont fantasques voir discutables (bolide de compétition, Ray Ban, à quand la Rolex?), il n’est pas négligeable de signaler le réaménagement du premier étage de sa boutique de la rue Saint Honoré en espace voué à la dégustation - plats légers, boissons chocolatées et pâtisseries.
Déco classique, reposante et déclinant plusieurs gammes colorées de la couleur chocolat; le service, aux trois quart japonais est charmant, professionnel et porte à ravir le noir.
La carte déclinée par tranches horaires qui tient plus du jeu, de la suggestion que de la contrainte, propose ainsi sur les coups de midi d’oser un chocolat chaud aux huitres, à 14 h un chocolat chaud au coulis de framboise, à 17 h de déguster le breuvage avec du Matcha (expérience décevante tentée autrefois chez Toraya).
Enthousiasmé à l’idée de me régaler du chocolat chaud pimenté mais sans banane (15 h sur la carte), qui ravive en moi de jolis souvenirs de l’été dernier - cette virée dans le pays basque espagnol qui s’est achevée côté français à Espelette - je tombe de haut lorsqu’on m’apprend qu’un coulis prêt à l’emploi en cuisine est incorporé au chocolat préparé à la minute et qu’il n’est donc pas envisageable d’isoler la banane du piment.
Déçu, voir agacé, je joue ma dernière carte en suggérant de râper du piment dans le breuvage, initiative rejetée mollement d’un signe de la tête. Autant demander la lune.
Plutôt que de m’attarder sur ces contrariétés désarmantes de bêtise, je passe commande de la pâtisserie qui logeait dans mon esprit depuis que je l’avais repérée au rez de chaussée, au garde à vous dans la grande vitrine - le Tonka (5, 30 euros), mousse au chocolat noir du Venezuela, biscuit aux fèves de cacao, crémeux aux fèves Tonka, croustillant praliné que j’accompagne d’un chocolat chaud classique, annoncé comme léger (ce qu’il est en effet) et épicé (ce qui est loin d’être le cas). Je me console avec le Tonka dont j’aime particulièrement l’épaisseur croustillante, les saveurs légèrement musquées de cette fève qui s’arrache à 200 euros le kilo au Bon Marché, envisageant déjà lors d’une prochaine visite d’opter pour un chocolat chaud plus racé, avec plus de mordant, ce qui est le cas grands crus, par exemple ceux de Colombie et d’Equateur.
Jean-Paul Hévin
231 rue Saint-Honoré
75001 Paris
Tel: 01 55 35 35 96