Chroniques gustatives.
C’est un eternel recommencement. Enfin. Le court trajet en métro de l’aéroport au centre ville se fait dans un silence de cathédrale qui est l’épuisement des gens, leur lassitude - un demi sommeil. On reste figé, le corps raide mais absent, la main soudée à la barre centrale. Des statues de cire. Une tête ballotée par le sommeil, qui roule sur les épaules est le peu de vie qui circule encore péniblement dans le wagon.
Phaya Thai est la terminaison de la ligne aérienne fraichement inaugurée. Ici, sauter dans le Skytrain qui me jette quelques stations plus loin à Sala Daeng ou me prennent par surprise des odeurs de noix de coco cuisinée montant de la rue déjà grouillante de monde, si tôt ce matin qu‘il est à peine 7 heures. Qui est le commencement d’une interminable griserie.
Les petites tables contaminent le trottoir et les soupes de riz mettent en appétit l’employé de banque qui d’un simple hochement de la tête passe commande d’un bol qu’il engloutit sans lever le museau.
Je prends ma première photographie d’un marchand donnant une forme rectangulaire à des petits beignets qu’il entaille de
biais au moyen d’un canif (marque de fabrication? signature? scarification qui tiendrait plus de la superstition que de l’esthétisme?) Je regarde mais ne goûte pas. L’image est ratée. Et puis mes
yeux, mon palais sont happés par les étals de fruits qui sont au coude à coude dans les rues du quartier central de Siam. Un temps se réhabituer à ces couleurs qui fouettent le regard, qui
giclent dans les yeux. Et cette fraicheur qui est de l’eau que l’on verse sans violence du bout des doigts sur des pommes rondes et pleines , un exercice maintes fois reproduit au court de la
journée.Je note la profusion de polos de couleur jaune. Ce n’est pas un hasard. Le roi est né un lundi et le jaune est sa couleur. Jamais il ne
me serait venu à l’esprit de gagner la Thaïlande un autre jour qu’un lundi.