Chroniques gustatives.
Au petit matin, c'est grand soleil de quelque côté que l'on regarde, qu'on ait sous les yeux, au nord la vallée d'Uva, en forme de cuvette, ceinturée par les pics Idalgashinna et Ohiya (on jurerait entendre du japonais) et le plateau des Horton Plains; ou bien, au sud, les contreforts de l'Uva inférieure qui roulent jusqu'à la mer et dont par temps clair on peut voir la côte sud et la nuit le phare d'Hambantota.
Un battement de cil, et voilà que ces longs rubans de brume d'un blanc pareil à la neige qui flottaient nonchalamment aux dessus des arrêtes sont en un rien de temps mangés par de gros nuages gris qui sont encore de la brume mais comme trempée dans de la suie et si pressée avec ça, qu'on la dirait chercher à concurrencer l'envol des oiseaux.
Plus haut encore, à quarante bonnes minutes de marche du centre ville, dans ces plantations de thé qui semblent n'en plus finir de grimper, le phénomène est autrement plus perceptible où on peut bien ouvrir grand la paume des mains et sentir la brume nous filer entre les deux, glisser au dessus de notre tête.
Certains appellent ça un instant magique.