Chroniques gustatives.
La perfection a cela de glaçant qu’elle se suffit à elle-même et appelle peu voir pas de commentaires. Dans sa forme, l’atmosphère qu’elle dégage, son expression, se loge une ombre froide et implacable. Aussi, la perfection se paie-t-elle d’une effrayante solitude. La preuve chez Christian Constant, attablé au comptoir de ses Cocottes qu’on ne présente plus, ou c‘est d’abord un peu du Japon qui arrive jusqu’à moi dans cette conversation surprise dans la langue de Soseki entre le couple voisin, des mots qui arrivent tout droit dans mes oreilles sans faire trembler l’air. Le lieu était Paris mais cela aurait aussi bien pu se passer à Shanghai, Hong Kong ou Chicago, les Cocottes ayant cette particularité qu‘on s‘y sente à la fois partout et nulle part, qui est la tendance du siècle naissant ou l‘homme cumule les déplacements, brûle les distances et fragilise par son insistance à fréquenter les adresses de réputation internationale qui sont un terrain familier, l’idée même du voyage qui serait de n’offrir aucune résistance à l’inconnu, de privilégier le grand saut à la démarche passive et rassurante.
C’était donc Paris et c’était nulle part. C’était une cuisine exemplaire, sans faille, précise comme le trait d’un architecte, minutée comme une horloge suisse, au point de me faire voluptueusement frissonner. Et si les mots me manquent, se dérobent sous moi pour raconter ces ravioles de langoustines à la mousseline d’artichaut, ce filet mignon aux giroles et la tarte au chocolat pour laquelle on serait prêt à tous les sacrifices, c’est aussi bien comme ça.
Les Cocottes
135 rue Saint-Dominique
75007 Paris
Pas de réservation.