Chroniques gustatives.
Mais qu’est-il arrivé à Christian Etchebest. Sa Cantine du Troquet avait déjà montré ses limites, le Troquet première mouture les explose. Tête la première dans le mur. Un massacre. Ahuris que nous étions, c’était un peu dans cette grande salle à moitié vide, sans vie ni ambiance, l’impression d’assister en direct au sabordage d’un bistrot basque adulé il y a dix ans, devenu en un rien de temps une sérieuse référence mais dont ces dernières années l’influence n’a eu de cesse de décliner, pour depuis peu finir par toucher le fond. Suite à notre déjeuner en roue libre totale, l’excellent Fellag noterait que c’est une chose de toucher le fond et que c’en est une autre de creuser. Ce n’était pas assez que le menu soit prodigieusement excessif (26 € les deux plats, 30 les 3), il aura encore fallu que l’ardoise des suppléments avec ses plats autrement plus alléchants frise l’indécence ( ris de veau, agneau de lait + 6 € de supplément). Tout compte fait, un plat direct aurait fait l’affaire, qui était une manière de bouée de sauvetage, une planche de bois surnageant dans l’océan et à laquelle s’agripper.
Seulement, c’était le menu ou rien. Soit. Le taboulé à la tomate et ses gambas poêlées était bien tentant mais quelconque, sans répondant et pêchait par des saveurs pas assez nettes. La sensation en bouche était comparable à celle de mâcher du vide.
Le foie de veau carrément pas cuit, minuscule, était tout aussi décourageant. Dommage, la polenta crémeuse, légère et ses petites touches de piment d’ Espelette valait franchement le détour.
Soit tout le contraire du clafoutis poire chocolat, un vrai foutage de gueule en règle - boule de glace vanille gigantesque dont on se contrefout copieusement et inversement proportionnelle au clafoutis qui s’avale en trois bouchées pour peu qu’on parvienne à le décoller par petites touches de son plat. Carbonisée, la chose et avec ça surmontée d’un disque de sucre caramélisé qui la flingue à bout portant.
Au final, l’addition est bien lourde pour un si maigre résultat et on se sent presque honteux de n’avoir pas préféré ce jour là au Troquet, le Casse Noix et sa formidable formule à 25 euros.
Le Troquet
21 rue François Bonvin
75015 Paris
Tel: 01 45 66 89 00