Chroniques gustatives.
Ce jour là, pas d’autre moyen que de faire la nique à la neige et de s’engouffrer lâchement un poil après midi dans le cocon douillet du Mesturet. Après la neige, la boue et le verglas, il faut encore jouer des coudes pour gagner sa place jusqu’au zinc pris d’assaut, gonflé d’une foule affamée, frigorifiée mais fichtrement enthousiaste. On a des sourires jusque là, des bouilles d’enfant comblé, on lève son verre pour un oui, pour un non, pour des occasions qui n’en sont pas. D’ailleurs, les ballons on ne les compte plus, on s‘égare dans les nombres. L’addition nous rafraichira la mémoire.
On est plusieurs à prendre table, parfois jusque dix. C’est égal, le bistrot ne manque pas d‘espace. Les accents régionaux qui se glissent jusqu’à nos oreilles rappelle qu’on vient du Jura, du sud ouest, de la côte: on dirait toute la France concentrée dans cette grande salle. Des collègues de bureau, pour la plupart. Une échappée bon enfant entre deux réunions, deux dossiers. La bonne humeur est entretenue par le dynamisme, l’extrême gentillesse du patron et des serveuses qui sont naturellement aimables et souriantes. A l’évidence, elles ne se forcent pas. La carte bistrotière suit, directe, dynamique, un peu ébouriffée mais pleine de bons sentiments, animée des meilleures dispositions. Les entrées plafonnent à 8 € (poêlée d’escargots à la tomate, terrine de lièvre à l’Izarra verte; velouté de cèpes…), les plats ne franchissent pas la barrière psychologique des 15€ ( faux filet, chartreuse de faisan, grenadin de sanglier, fricassée de coq au vin, parmentier de queue et joue de bœuf aux oignons confits…) et les desserts sont bloqués à 8€. On peut également compter sur les plats et entrées du jour ainsi que la formule à 21 ou 27 €.
Au moment de passer commande de mon entrée du jour (le tartare de thon, blafard, perdu dans son assaisonnement et presque sacrifié malgré les efforts de compositions), la salle est quasiment vide et c’est seulement lorsque j’énonce le plat à suivre (le civet de chevreuil Grand Veneur et son gâteau de citrouille à la muscade, pas détestable mais gâché par sa sauce sans relief, sans épaisseur et bien trop liquide), pour que la foule qui patientait au bar se dirige comme d’un seul homme dans la salle et prenne d’assaut la moindre table. L’ambiance festive et chaleureuse suit la foule comme son hombre, remplit le moindre espace. Le chef fait pour le mieux, c’est-à-dire pas assez, mais il n’est pas besoin de miracles pour que ce jour là nous soyons comblés.
Le Mesturet
77 rue de Richelieu
75002 Paris
Tel: 01 42 97 40 68
Site: www.lemesturet.com