Chroniques gustatives.
Architecte de formation avant la seconde guerre mondiale, Jim Thompson s'engagea dans l armée américaine, fit
la campagne d'Europe puis arriva en Asie avec un contingent dont l'objectif était de restaurer l'indépendance et la liberté en Thaïlande. Cependant, la guerre prit fin avant le début des
opérations. Fixé a Bangkok en qualité d' officier des renseignements de l'OSS (ancêtre de la CIA) et séduit par le pays, Jim Thompson retourne s 'y installer définitivement une fois
démobilisé.
C'est là, qu'il se passionne pour la soie tissée à la main au point de se
consacrer à la renaissance de cet art tombé dans l'oubli. Dessinateur et coloriste de talent, sa participation fut fondamentale au renouveau du tissage de la soie thaïlandaise et à la réputation
internationale qu'elle acquit.
Ayant fait fortune avec la Thai Silk Company, il se fit
construire cet ensemble de maisons traditionnelles, unique en son genre, avant de disparaître mystérieusement dans les Cameron Highlands, en Malaisie.
A chacune de mes visites à Bangkok, je me rends inévitablement dans la résidence de Jim Thompson, comme on
j'irai au pèlerinage. J'aime me glisser à pas feutrés dans cet ensemble de 6 maisons en teck surélevées d'un niveau au dessus du sol dont certaines, démontées pour être acheminées jusqu'à leur
emplacement actuel, proviennent d'Ayudhya. L'ensemble est ouvert, entouré d'un jardin touffu apaisant, que longe un canal qui fut autrefois le point d'entrée de la propriété. La collection
d'objets d'art se laisse dévorer du regard dans un calme déconcertant lorsqu'on sait la maison située en plein centre. Vaisselle, sculptures, porcelaine Benjarong, panneaux de tissus peints,
bouddhas... chaque pièce est un enchantement dont je ne me lasse pas.
Lorsque s'achève la visite, j'aime m'installer près du petit bassin, siroter un thé glacé ou bien déguster
une glace, une pâtisserie. Le lieu est charmant tel qu'il se présente, qui d'un seul regard enveloppe la propriété, en souligne les formes, la complexité. En cette fin de matinée, la chaleur
commençe de pousser, de rendre chaque mouvement plus problématique. J'opte pour un thé glacé et une glace à la noix de coco et zestes de citron vert. Rien ne presse. Je prends tout mon temps.
Regarder la glace fondre n'est pas le moindre des luxes.
Derrière les murs, la ville s'agite, glisse dans sa douce folie. Bangkok attendra.
http://www.jimthompsonhouse.com/