Chroniques gustatives.
Le Café Américain situé dans l’hôtel du même nom est plutôt âgé puisqu’il date de 1902. Un jeune homme, en réalité. Les temps changent, lui ne bouge pas. Son immobilité est même plutôt redoutable. Un jeune homme, dis-je, qui se serait mis en frais avec ses fresques murales, ses lustres Tiffany et ses vitraux diffusant une lumière dorée qui est la palpitation de la vie, sa parole. La salle est vaste, princière, qui abrite un bar, un piano et une table de lecture vernie. L’hiver, fuyant la neige floconnante, on y passerait sans peine la journée entière, patientant que les aventures les plus extraordinaires surgissent et nous emportent loin.
Le Café Américain est en réalité un grand paquebot dont nous sommes l’un des innombrables passagers. Installé à une table, tournant le dos à la placette, on laisse la ville derrière soi. On s’évade, on s’évapore. On percevrait presque le roulis de la mer caresser les flancs du navire alors qu’on attaque la première bouchée de notre hamburger qui n’ait pas le meilleur que nous ayons mangé mais qui nous émeut délicieusement.
«Tu reviendras», m’entendis-je penser tout haut. Des mots d’un autre monde, portés par l’atmosphère surnaturelle d’un conte, à l‘image de ce lieu enchanteur qui gagne en mystères et en intrigues dès la nuit tombée
Café Américain
Leidsekade, 97
Amsterdam