Chroniques gustatives.
Quand les filles décident de mettre la main à la pâte elles ne font pas les choses à moitié. L'idée est partie de rien, lancée comme ça la veille, entre une mangue et un dragon fruit, le thanh long, hérissé de feuilles rouges aux pointes vertes dont la chair blanche relativement fade contient de nombreux grains comestibles. Immédiatement, Mi, à droite, annonça qu'elle s'occuperait du sucré et Trùc, à gauche, confirma qu'elle se chargerait bien du salé. L'affaire était entendue et je pouvais sans risque me réjouir du festin à venir car lorsqu'elles décident de se lancer dans la cuisine (hélas trop rarement), les talents concertés de ces demoiselles accouchent de petits miracles.
Adorable qu'elle est et toujours soucieuse de me faire plaisir, Trùc s'est mise ce jour là de cuisiner quelque spécialité susceptible de me rappeler la France (à laquelle je pense très rarement) et plus précisément la Provence sur laquelle, à l'image de beaucoup de jeunes filles, elle fantasme sévèrement.
Afin de réaliser ces ca chua nhoi kieu, la belle Trùc commence par faire mariner les tronçons
de poisson dans un peu d'huile, du poivre, de l'ail et un filet de citron vert. Ensuite, elle ramasse ses cheveux dans la nuque, les attache avec un chouchou et entreprend de remplir les petites
tomates évidées avec la farce de ce même poisson mélangé avec du porc, des oignons, du poivre noir entier du delta, du sel, une pincée de Knorr, encore de l'ail et des fines herbes.
Naturellement, je lui fais remarquer la similitude avec nos petits farcis niçois, ce qui l'enchante et lui fais venir un de ces jolis sourires dont elle a le secret.
Trùc renouvelle l'opération cette fois-ci non plus avec des tomates mais avec du tofu frit à la croûte bien jaune ouvert et fourré avec la farce. Il ne reste alors plus qu'à passer tomates et tofu à la poêle en faisant pleuvoir un peu de ciboulette.
Ce qui reste de pâte on l'étale grossièrement en recherchant une bonne épaisseur. On peut y ajouter des champignons déshydratés et on fait frire. Avant de servir on coupe des tranches relativement fines avec des gros ciseaux, bien plus pratique pour manger avec les baguettes.
De son côté, Mi n'est pas à la traîne, qui y va d'un dessert peu créatif, pas franchement renversant mais qui fait l'unanimité chez les petits. D'ailleurs la recette du banh mi cay (banh mi, pain, cay, collant, tout est dit) est simple comme bonjour. On commence par jeter au fond d'un saladier 2 œufs entiers, 200 grammes de farine de tapioca, 5-6 bonnes cuillères à soupe de sucre, une pointe de sel et on mélange jusqu'à ce que la pâte devienne brillante, durcisse et devienne impossible à mélanger plus longtemps. La pâte est prête à emploi une fois que saisi un morceau dans la main, celui est bien dur et ne colle pas. Il ne reste plus qu'à rouler une petite boulette dans la paume de la main et à la détendre légèrement, simplement en la saisissant du bout des doigts et en la maintenant au dessus du vide.
Ensuite on plonge le morceau de pâte dans de l'huile qui chauffe à feu doux et on laisse cuir en retournant bien avec les baguettes. Trempés dans de la confiture, du miel ou encore du Nutella, les enfants (mais pas uniquement) raffolent de ces mini pains dont la texture est élastique et déroutante.