750 grammes
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 13:25

Oriental
Les bateaux qui écument la chao phraya sont un moyen bien commode de gagner le palais impérial, le Wat Phot avec son fameux bouddha couché, ou bien les abords du quartier chinois avec son impressionnant marché couvert. Depuis le Pier Saphan Taksin, j'emprunte fréquemment une de ces embarcations qui repart aussitôt après avoir déchargé son lot de passagers ému de s'être laissé balloter comme un nouveau né, porter par cette rivière large et bouillonnante qu'on dit abriter les secrets les plus noirs de Bangkok.
Souvent, le dernier passager a-t-il posé son 2ème pied sur la terre ferme que la machine manœuvre déjà, impatiente, gourmande. Il ne faut pas moins de temps à un oiseau pour battre des ailes.
Le premier débarcadère placé sur la route du bateau et auquel il fait rarement étape est celui du légendaire palace Oriental, rebaptisé depuis 2008 Mandarin Oriental depuis qu'il a intégré la chaine hôtelière du même nom.
Le curieux béât qui pénètre dans le magnifique hall chargé comme une courtisane d'un roman de Jean Lorrain à une première d'opéra aura peu de chance de tomber sur un encombrement de bagages en cuir, de malle valises couvertes d'étiquettes provenant des quatre coins du globe. La probabilité qu'il croise une société de clubmen en habits noirs, de princesses accablées de millions à la blondeur de blé mur ou bien de dames de compagnie en quête de princes russes nihilistes est encore plus réduite. En revanche, s'il est bien un lieu qui n'a rien perdu de son charme néo-colonial et qui témoigne encore de cette époque ou voyager était encore vécu, pensé comme un art de vivre, c'est bien The Author's Lounge, autrement dit le Salon des Ecrivains, ce pavillon discret coincé entre le jardin et la piscine. Il n'est que de choisir entre l'un des deux afternoon tea set (d'inspiration occidentale ou orientale), de se laisser tomber dans l'un de ces fauteuils moelleux ou nous ont précédé plus célèbres que nous,
Joseph Conrad, Graham Greene, William Golding, parmi tant d'autres, et de porter à ses lèvres sa tasse de thé Mariage tout en prêtant attention au musicien andalou faisant sonner sa guitare au balcon, pour sentir nous visiter, le temps d'un rêve, le souffle d'un temps révolu.
Et les jambes des serveuses en robe droite fendue, autant que la profusion de mets délicats, de nous donner le tournis.

Oriental 1
Oriental 2

Oriental 3
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http://www.mandarinoriental.com/bangkok/

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 12:00


Anothai 1
Cumulant les handicaps (domicilié au diable vauvert, à proximité d'un hôpital, au rez de chaussée d'immeubles décatis et face à un parking sordide), Anothai est l'exemple type de ces adresses planquées, desservies par leur environnement mais qu'on aurait tort de bouder.
Depuis Shanghai et ses adresses fétiches (Bellagio, Spin) nichées dans les lieux les plus improbables et les moins reluisant de la ville, on y regarde à deux fois avant de reléguer aux oubliettes un restaurant, lequel dans le cas présent, s'il ne jouit certes pas d'une situation centrale, bénéficie d'un bouche à oreille favorable et d' une excellente presse.
On aurait d'autant plus tort de s'en priver-cela dut-il nous coûter et du temps et l'épreuve pénible d'affronter dans un taxi beuglant des avenues congestionnées - que cette adresse propose uniquement des plats végétariens malins dont la majorité des légumes proviennent d'une ferme bio du Ratchaburi pilotée par les propriétaires des lieux.
A voir comme la salade à la vinaigrette moutardée se dresse littéralement dans l'assiette, vivante, tonique, on doute d'avoir fait fausse route. Les pignons de pin, la figue nous procurent cette bouffée de fraicheur qu'on recherchait tant dans la touffeur de Bangkok.

Anothai 2-copie-1
Ces beignets de tofu sont l'innocence même, la candeur incarnée, que l'on trempe dans un mélange indéchiffrable de sauce sucrée, de céréales et d'épices. Divin.

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Pour finir, une glace au oolong, histoire d'absorber une dernière bouffée rafraichissante avant d'affronter le brasier qui incendie la capitale.
Détail amusant, le personnel est uniquement composée de jeunes femmes chinoises dont la plus timide qui est naturellement la plus discrète, mitonne toute seule, l'air de rien, de très convaincants scones au thé vert, aux pétales de rose, aux zestes de citron, à la prune, parmi tant d'autres. 


Anothai
Soi rama 9 Hospital
Tel: 0 2641 5366

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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 10:33

 

Conrad-1-copie-1.jpg

 

Un matin que je feuillette le Bangkok Post, je tombe sur cet article qui annonce l'arrivée imminente au «Drinking tea eating rice» de l'hôtel Conrad du chef japonais Satoshi Hata. (Passons sur le nom à rallonge passablement ridicule de l'établissement.)
S'il n'était que d'avertir du séjour dans la capitale de cette personnalité en charge de la section teppanyaki au Genji du Hilton d'Osaka, je ne ferai pas grand cas de cette information. Or, il se trouve que ce chef hors pair n'est pas venu jouer les touristes mais qu'il est invité à résider dans ce grand hôtel pour y célébrer le temps d'une semaine son art très inspiré par la cuisine française (son mille feuille de foie gras, sauce à la truffe fait encore beaucoup parler de lui).
L'occasion est donc trop bonne de goûter à cette cuisine réalisée en direct et sans filet de sécurité, face à quelques privilégiés ayant réservé de longue date un siège au comptoir.
Histoire de voir ce que notre chef a dans le ventre, je me lance dans le menu de la mer à 1000 baths, soit 20 euros, qui me semble la meilleure option pour le déjeuner.
Le carpaccio de la mer avec sa vinaigrette au yuzu est une bonne entrée en matière avec ses effluves marines, des produits d'une grande fraicheur et une saisissante présence iodée. L'assiette, on ne peut plus fidèle à la thématique de la carte nous fait rentrer immédiatement dans le vif du sujet.

Conrad 2
Les festivités se poursuivent avec la Caesar salad garnie de miettes de thon, sans réel intérêt et censée très probablement faire du coude et amuser les hommes d'affaire étrangers, soit une entrée putassassière en tous points de vue dont l'omniprésence de l'indéfectible sauce Caesar peut être vécue comme un mini drame en soit.
La brochette de fruits de mer accompagnée d'un bol de riz succulent (très important, la qualité du riz, on minimise souvent l'influence et les conséquences que celle-ci peut avoir sur un plat, aussi réussi soi-il) est correct (résistance de la chair des crevettes, fondant des coquilles Saint-Jacques craquant des légumes) mais prévisible et n'a pas vraiment de quoi nous arracher des larmes.

Conrad 4
A ce stade du repas qui atteint sa vitesse de croisière soignée, gentille, sans tremblement, on cherche en vain à débusquer ces influences françaises dans la cuisine de Satoshi Hata tant revendiquées par ce dernier. Ce n'est certainement pas dans les maki de thon, certes excellents, et la soupe de miso rouge qu'on en trouvera la trace.
Conrad-5.JPG
Le dessert sonne comme la dernière chance pour notre chef invité qui avec son cheese cake glacé faiblard et bâclé, saisi quelques secondes sur la plaque chauffante souligne définitivement sa préférence pour les vertes prairies de l'Arkansas plutôt que celles de la Beauce.

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Certes, la cuisine est loin d'être honteuse, le cadre magnifique et le service aux petits soins. Reste à voir Satoshi Hata à l'œuvre avec des compositions plus élaborés, nettement plus onéreuses, cela va de soit. Il ne manquerait plus qu'avec ça je boude mon plaisir...



Conrad Bangkok
Drinking Tea Eating rice
87 Wireless Road
Phatumwan
http://conradhotels1.hilton.com/en/ch/hotels/dining.do?ctyhocn=BKKCICI&id=DIN4

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 08:22

Somtam 1
Il est quasi inévitable de devoir s'armer de patience pour obtenir une table chez Somtam tant les inconditionnels convergent en masse des 4 coins de Bangkok et au delà. C'est devenu chose banale, un vieux réflexe, que de donner son nom et de patienter à l'extérieur. Les filles se serrent sur une banquette, pianotent sur leur portable et se recoiffent distraitement; les garçons patientent debout, bec en l'air dans leur jean serré, l'air indifférent à leur compagne, à la marche du monde.
Si les raisons du succès d'une adresse quelquefois nous échappent, ce n'est absolument pas le cas de Somtam qui n'en finit plus de planer sur son petit nuage. Cette adresse sur deux niveaux située en plein cœur du quartier commerçant de la capitale et nichée à l'épicentre même de son noyau branché et trendy a su très intelligemment composer avec une cuisine dite du «patrimoine», captée dans l'instant, dans son jus et redistribuée vigoureusement, avec précision, voir arrogance.

Somtam 2
L'impression est saisissante, sitôt avalée la première bouchée de pad thai, celle de somtam (salade de papaye) ou croquée sa première aile de poulet, d'être monté dans un train en marche fonçant à vive allure dans un monde qui ne l'est pas moins. La vitalité, la séduction, les signaux que dégage cette micro société thaïlandaise à la pointe de la derrière mode, attentive à l'air du temps auquel elle entend coller au plus près, sont aussi présents dans l'assiette que dans la salle dont le niveau sonore relativement élevé témoigne de la vitalité, de la flamboyance d'une jeunesse pleine d'énergie, d'envie, de projets et d'espoir. On y vient accompagné d'une jolie jeune femme rencontrée en matinée à la fondation Jim Thompson. Deux yeux clairs qui vous fixent, qui vous donnent l'impression qu'elle ne pense à rien et que tout lui défile dans la tête à la fois. Somtam est le lieu idéal pour commencer de pénétrer dans ce labyrinthe.

Somtam 3

Somtam
392/14 Siam Square Soi 5

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 07:38


Thailande-2-057-copie-2.JPG
L'entêtement a parfois fois du bon. De la mangue, encore de la mangue, toujours de la mangue. C'est une monomanie, une lubie, une douce folie que chaque inconditionnel de Mango Tango alimente et encourage de sa présence fidèle et assidue.
Nous ne portons pas seuls cette responsabilité. La carte alléchante – la mangue déclinée sous toutes ses formes, broyée, glacée, débitée, flanquée de fruits, de tapioca, de lait de coco, de riz gluant, coiffée de chantilly, de flakes – agit sur les esprits et pousse inévitablement les accros du shopping, les étudiants, les amoureux languides dont le trépident quartier Siam est le terrain de chasse, l'aire de jeu, à venir s'installer dans la fraicheur du lieu pour y épuiser la carte.


mango-tango 1-copie-1
On l'aura compris, chez Mango Tango, la mangue est reine qui tient à la fois du fétiche et de l'obsession. La mangue triomphe dans l'assiette, la coupe, le bol, elle distribue les cartes et trace sa route en pilotage automatique, fraiche, juteuse, sucrée juste ce qu'il faut, sans se casser le nez sur aucun obstacle. Chaque combinaison est une merveille d'équilibre qui fait situer n'importe quelle composition choisie au hasard dans une sorte de ligne claire, débarrassée de tous parasites qui viendraient brouiller l'intention du départ.
Il m'est impossible de faire étape à Bangkok sans au minimum y faire un saut. A chacun ses manies, ses vices.

mango tango 2 


Mango Tango
Siam Square, Soi 4, Rama 1 Rd
http://www.mymangotango.com/

 

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 06:31

Thailande 2 026 (2) 

Architecte de formation avant la seconde guerre mondiale, Jim Thompson s'engagea dans l armée américaine, fit la campagne d'Europe puis arriva en Asie avec un contingent dont l'objectif était de restaurer l'indépendance et la liberté en Thaïlande. Cependant, la guerre prit fin avant le début des opérations. Fixé a Bangkok en qualité d' officier des renseignements de l'OSS (ancêtre de la CIA) et séduit par le pays, Jim Thompson retourne s 'y installer définitivement une fois démobilisé.
C'est là, qu'il se passionne pour la soie tissée à la main au point de se consacrer à la renaissance de cet art tombé dans l'oubli. Dessinateur et coloriste de talent, sa participation fut fondamentale au renouveau du tissage de la soie thaïlandaise et à la réputation internationale qu'elle acquit.
Ayant fait fortune avec la Thai Silk Company, il se fit construire cet ensemble de maisons traditionnelles, unique en son genre, avant de disparaître mystérieusement dans les Cameron Highlands, en Malaisie.  
A chacune de mes visites à Bangkok, je me rends inévitablement dans la résidence de Jim Thompson, comme on j'irai au pèlerinage. J'aime me glisser à pas feutrés dans cet ensemble de 6 maisons en teck surélevées d'un niveau au dessus du sol dont certaines, démontées pour être acheminées jusqu'à leur emplacement actuel, proviennent d'Ayudhya. L'ensemble est ouvert, entouré d'un jardin touffu apaisant, que longe un canal qui fut autrefois le point d'entrée de la propriété. La collection d'objets d'art se laisse dévorer du regard dans un calme déconcertant lorsqu'on sait la maison située en plein centre. Vaisselle, sculptures, porcelaine Benjarong, panneaux de tissus peints, bouddhas... chaque pièce est un enchantement dont je ne me lasse pas.


Thailande 2 029

Lorsque s'achève la visite, j'aime m'installer près du petit bassin, siroter un thé glacé ou bien déguster une glace, une pâtisserie. Le lieu est charmant tel qu'il se présente, qui d'un seul regard enveloppe la propriété, en souligne les formes, la complexité. En cette fin de matinée, la chaleur commençe de pousser, de rendre chaque mouvement plus problématique. J'opte pour un thé glacé et une glace à la noix de coco et zestes de citron vert. Rien ne presse. Je prends tout mon temps. Regarder la glace fondre n'est pas le moindre des luxes.
Derrière les murs, la ville s'agite, glisse dans sa douce folie. Bangkok attendra.


http://www.jimthompsonhouse.com/

 

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