750 grammes
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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 08:35
Ouvert en 1972, Hanoufa figure parmi les plus anciens japonais de Paris, c'est également l'un des très rare établissements à proposer une véritable cuisine Teppanyaki (sur plaque chauffante) collant au plus près de la tradition.
Dans un cadre aéré ou l'omniprésence de matériaux à la légèreté, la vacuité toute orientale tempèrent l'espace, et sous le regard bienveillant de serveuses en kimono traditionnel, on est heureux d'y observer les maitres cuisiniers dispenser leur art avec sérieux et conviction dont l'un des climax - réplique incontournable et attendue de cette grande pièce en trois actes - est assurément celui ou ils affutent les lames de leurs couteaux avec cette concentration, cet esprit calme, sous contrôle, dont le geste fait surgir dans notre imaginaire celui des samouraï d'antan aiguisant les katana, ces armes blanches tel le sabre, ultra tranchantes.
Entre le maitre cuisinier et nous, une grande table chauffante que se partagent plusieurs hôtes. Au centre, les ingrédients (soja au sésame, champignon, tofu, omelette, canard) qui se dressent, se soulèvent pour une dernière danse hypnotique et dégagent déjà, après une ultime giclée d'huile de soja, de prometteuses saveurs. Immédiateté de la cuisine préparée devant soi, mobilisation ininterrompue de nos sens, interaction, sensation de justesse, de vérité, à des années lumière de ces jonglages et autres pitreries aussi vaines que complaisantes visant à charmer les dineurs incrédules, à épater le touriste, tompeuse illusion, blashématoire s'il en est.

 


Ici, la performance du cuisinier se résume à l'essentiel: sélection, découpe (bocho), cuisson, le tout assaisonné d'un soupçon de spectacle, de virtuosité dans son traitement. Le résultat est à la hauteur des efforts fournis lequel sans marquer au fer blanc notre mémoire trouve naturellement sa place dans cette boite de pandore abritant tous ces petits moments délicieux ceuillis plutôt qu'amassés au grès des jours.
Le menu choisi ce midi était celui à 28 euros, s'ouvrant sur une soupe miso, une séduisante salade parfumée aux agrumes et se poursuivant avec un California maki avant d'atteindre sa destination finale, le canard cuit sur plaque accompagné de légumes également saisis et de riz.
Une pause dans le temps, un souffle, être et avoir été.



Chez Hanafousa
4 passage de la Petite Boucherie
75006 Paris
Tel: 04 46 33 78 61

 

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 19:09

Connaissant mon goût et ma curiosité insatiable pour la cuisine japonaise, Ayako déplore dans son dernier courrier que je n'ai encore jamais goûté à l'Ochazuke, plat familial très rependu au Japon, rarement proposé au restaurant et dont elle est particulièrement friande parce que léger, simple et rapide.
D'une simplicité enfantine et ne nécessitant aucun effort (un reste de riz fait souvent l'affaire), l'Ochazuke dont les origines sont encore difficiles à cerner mais dont on trouve déjà la trace dans le «Ryori monogatori (Histoire de notre cuisine )», publié sous l'ère Edo, consiste en un bol de riz surmonté de saumon grillé (ou d'anguille), de nori, de graines de sésame, de prune séchée (umeboshi), le tout arrosé de thé vert.


Travaillant jusque tard dans la banlieue de Kyoto, il n'est pas rare qu'Ayako se prépare en vitesse un bol d'Ochazuke une fois de retour dans son petit appartement. Curieusement, l'idée de gouter ce plat me trottait dans la tête depuis quelques semaines. Parce qu' assez déconcertant et visiblement peu apprécié des occidentaux, il n'apparait sur aucune carte de restaurant mais peut être réalisé à la demande pour peu qu'on ait ses habitudes dans tel ou tel établissement.
Plutôt que de me précipiter dans une de mes adresses favorites, je fis preuve de patience et guettais la réouverture de Kilali dont curieusement je crus voir figurer (disons fantasmer) le plat sur la carte placée à l'extérieur de la maison de thé.
Kilali en japonais signifie étincelle et la lumière circule joliment dans ce salon de thé aux larges fenêtres et décor dépouillé, certes nettement moins abandonnement que son voisin Jugetsudo dont la position stratégique au croisement de deux rues lui confère un ensoleillement maximal.
Pour accompagner mon riz au thé vert, je commande un Kachôzan, de la famille des Horyokucha; soit un mélange de Gyokuro et de Macha dont la force de caractère a pour effet de stimuler la dégustation et d'éviter toute redondance.



L'Ochazuke peut nécessiter un temps d'adaptation. Au début, la texture liquide, très «mouillée» du plat, la présence omniprésente du thé vert imbibant chaque grain de riz et qui se boit à la cuillère peut en surprendre voir en rebuter plus d'un. Une fois franchie cette étape, on se laisse emporter par la magie de ce plat qui ne se livre pas immédiatement mais s'insinue en douceur dans le corps.
Comment ne pas penser aux moines zen versant un jour d'hiver le thé chaud sur le riz, ces parfums leur montant aux narines et prolongeant leur quiétude, ce sentiment d'appartenir à l'universel qui est avant tout l'art d'être au monde.
Il y a un peu et beaucoup de cela dans une simple cuillère d'Ochazuke.



 

Kilali

3-5 rue des Quatre Vents

75006 Paris

Tel: 01 43 25 65 64

 

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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 09:21

 

Ou de retour chez Jugetsudo pour cette fois-ci assister aux noces du macha et du yuzu, je fais un détour par un gyokuro servi en trois infusions.

Le temps d'apprécier ce thé composé des plus jeunes boutons et feuilles récoltés au printemps et de me laisser déconcerter par sa texture épaisse, ses notes à la fois iodées et herbeuses, j'apprends que l'absence de chocolats Pierre Hermé s'explique par le fait que celui-ci ne fournit plus les salons de thé au détail mais à la boite, nouveauté qui a son importance pour Jugetsudo à laquelle la maison mère basée à Tokyo est immédiatement venue à sa rescousse en assurant désormais l'approvisionnement en wagashi, à l'exception de ce marron glacé signé Gerard Mulot.

Invité à piquer et manger des feuilles de gyokuro (troisième et ultime infusion, riche en vitamines), je me laisse surprendre par cette texture dont mon palais n'a ni la connaissance ni l'endurance. Loin d'être désagréable, l'expérience se révèle aussi surprenante que troublante avec ces notes proches de l'épinard. J'apprends qu'additionné à du riz et de la sauce de soja vinaigrée (ponse) cela donne un accompagnement original et simplissime, de même que sauté avec de l'huile de sésame, un peu d'ail, de piment rouge et de sauce soja, le gyokuro épaule remarquablement les spaghetti.

Alléché depuis mon arrivée par cette rencontre entre le macha et du yuzu, je goute enfin le nectar que Jugetsudo est le seul à proposer sous dosette (qui existe également en vrac, dans un conditionnement ingénieux et raffiné).

Assez répandu au Japon, Jugetsudo est la seule maison à ma connaissance à proposer ce mariage de deux saveurs qu'à priori tout oppose; amer pour l'un, fruité pour l'autre. Dès la première gorgée c'est une évidence que la fusion a réussi et que le duo fonctionne à merveille: la fraicheur de yuzu s'invite dans la robustesse du macha et tempère ses ardeurs comme un vent frais sous un soleil de plomb. Le rapport entre le thé et l'agrume a trouvé sa juste proportion, l'équilibre est parfait et le moment divin.


Jugetsudo

95 rue de Seine
75006 Paris
01 46 33 94 90

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 15:36


Pour y avoir déjeuné deux fois consécutives (menus à 9,90 et 20 euros), je comprends mieux le succès rencontré par cette adresse dont le nom tranche avec l'ambiance survoltée du lieu. File d'attente à donner le vertige et sur les starting block dès les douze coups de midi, sonneries de téléphones quasi ininterrompues fusant du desk dans l'espoir de décrocher le sésame, tables, bar, comptoirs dégorgeant de fidèles convertis depuis la nuit des temps ou bien très récemment comme c'est mon cas - Zen est en réalité moins un restaurant qu'une cantine, la régularité et l'exigence en plus, l'approximation en moins.


Organisée autour d'une déco rafraichissante aux tons vert pomme et blancs, la maison brasse un large éventail de spécialités qui se démarquent très nettement de ses confères de la rue Sainte Anne (Aoki en tête). Si l'étendue de la carte peut laisser perplexe (manque de cohésion, impression d'éclatement, d'éparpillement) ces craintes sont vite dissipés une fois le palet mis en relation avec chacun des ingrédients qui sans provoquer de cataclysme, s'avèrent néanmoins très convaincants au regard des saveurs exaltées qui courent d'une bouchée à l'autre, de la fidélité à la tradition et du profile impeccable des plats au meilleur de leur forme.


Sans réinventer le genre, les ramen au bouillon riche et éloquent forcent le respect; les sushi, sashimi et autres exécutés de main experte sont d'une fraicheur irréprochable, les donburi copieux et plein de caractères, quand au katsu curry, généreux en viande, il tape dans le mille dès la première bouchée délicieusement chahutée par une déflagration d'épices.
Le saumon terryaki subtilement caramélisé était aux petits soins, qui déroulait idéalement sa formule magique salé sucré, le riz brillant, cuit à la perfection, complétant le tableau ô combien charmant.

 

Seul bémol, cette glace au sésame blanc, certes délicieuse, mais coupée dans son élan en raison de sa température trop glacée quand celle ci devrait être servie à température ambiante.


Pas sournoise pour un sou, l'équipe de Zen fait joliment son travail. Grand sérieux dans l'assiette, service aux petits oignons, ambiance animée mais dans des proportions raisonnables, Zen c'est un peu tout ça, y compris des salary men japonais par paquets fraîchement débarqués de leur avion. Soit le détail qui force le respect.


Zen

8 rue de l'Echelle

75001 Paris

Tel: 01 42 61 93 99

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 12:59

Kiku vient à peine d'ouvrir qu'il est déjà sur toutes les lèvres. Les raisons d'un tel engouement tiendraient autant à cette association de cuisine traditionnelle et contemporaine subtilement orchestrée par Mr Kyoichi Kai (ancien de Zuma, Ozu, ou Nobu) qu'à ce décor aérien, apaisé tout en bois clair, articulé autour de banquettes complétées de coussins plats de couleur, encadrant une table située au centre de laquelle trônent de majestueuses branches de chrysanthème (Kiku en japonais).

Le menu du midi justifierait à lui seul le succès que rencontre le nouveau venu dans le secteur très développé de la gastronomie japonaise mais ce serait sans compter sur la créativité, la finesse d'élaboration et la passion insufflée à chaque plat - de la simple salade d'accompagnement aux plats plus élaborés servis en soirée tels ce filet de bœuf tranché à la sauce soja et ail, accompagné d'épinards et de poireaux.

Ainsi, le donburi de tempura affichant 10,50 euros est un menu à lui tout seul qui est également une parole, presque un acte de revendication par les temps qui courent ou la facilité, le mimétisme l'emportent sur l'initiative. Si la soupe miso et la petite salade sont un pur régale, parce qu' intelligemment agrémentés de yuzu finement émincés (l'association miso/yuzu étant l'une des marques de fabrique du mythique Nobu); le donburi dont les tempuras ont certes perdu de leur croustillant (parce que ramollis par le riz - petit, rond, légèrement grillé et succulent par ailleurs - sur lequel ils reposent et arrosés d'un trait de sauce épicée) offre un bel éventail de légumes (shitake, enobi, oignons, aubergines) et de poisson sous forme classique de beignet (gambas) ou, heureuse surprise, de succulents petits cakes de poisson enrobé de pâte à tempura (morue charbonnière, un cousin du cabillaud assez méconnu sous nos latitudes, venu des profondeurs du Pacifique, à la chair blanche perlée et grasse, au goût rond et onctueux).

Outre de jolis menus comprenant 3 petites entrées servies dans des vérines et un plat au choix (sushi, tempura ou bœuf façon shabu shabu) et dont le prix varie entre 11,50 et 14, 50 euros, Kiku propose également à midi 3 poissons du jour avec une sauce au choix, du poulet au miso, un choix de sashimi, de maki et de tapas japonais. A noter, le soir, cette tempura de crabe sans carapace servie sur une mayonnaise au wasabi ou ce sashimi dehamachi (lieu noir) présenté comme un carpaccio avec une sauce au yuzu ou bien ces maki aux oeufs de poisson volant dont l' énoncé suffit à mettre l'eau à la bouche.

Cette petite adresse nichée à quelques encablures de la trépidante rue Montmarte est un remarquable petit bijou au pouvoir de séduction dévastateur. C'est sans surprise que Kiku devrait marquer pour un bon moment le quartier ainsi que les esprits.

Photos: remerciements à Table à découvert.


Kiku
56 rue Richer
75009 Paris
01 44 83 02 30

 

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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 15:38


Tout en balançant le thé qui danse dans mon verre et en dégustant ces shake kawa maki savoureux et croustillants (maki à la peau de saumon grillé), dans ce restaurant ou je viens pour la première fois; je me sens emporté dans un temps mystérieux.


Je ne perçois plus le présent comme tel, mais j'ai pénétré dans un temps qui n'existe nulle part. L'air qui emplit la salle n'est pas fluide et pur comme celui qui s'échappe quand on ouvre la bouche, c'était un air dense et fleuri, quand la nuit s'engage sur le chemin qui mène à l'aube.
Un deuxième sushiya,plus âgé, a pris place derrière le comptoir sans que je m'en aperçoive et la salle bourdonne maintenant d'une admiration agréable et mesurée.


Je saisis d'un geste déterminé une tranche de daurade à la chair transparente et ferme et l'avale sans la tremper dans la sauce de soja au gingembre. C'est ainsi que j'apprécie les sashimi, dans le plus simple appareil et c'est un délice sans limite, tout comme le natto (ces sashimi de thon aux fèves de soja fermenté) qui s'impriment dans ma mémoire à l'égal d'une trame de tatami sur la joue.


Arrive l'assiette de tempura, joliment mise en valeur et très sûre d'elle. En silence, j'active mes baguettes, trempant les beignets dans la sauce vinaigrée qui contre balance la carence (souhaitée) en sel. Quelque chose de saisissant s'opère en bouche qui s'intensifie à mesure que je croque dans les beignets de gambas ou de légumes.


En parcourant la carte, je découvre que la maison propose en saison une spécialité de sushi d'oursin élaboré à base de corail mais aussi des sushi de coquille saint Jacques ainsi que des œufs de daurade ou de mulet fermentés.
Je quitte le restaurant presque heureux, avec la certitude d'y retourner.
Un véritable japonais logé dans l'axe rue Montparnasse/rue de la Gaieté, autant dire que cela tient du miracle.



Toritcho
47 rue du Montparnasse
75014 Paris
Tel: 01 43 21 29 97
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31 juillet 2009 5 31 /07 /juillet /2009 07:19

Si Bizan est la clef de voute du projet Kuroda et Issé son fer de lance, Momo No Ki en est sans conteste l'atout cœur. Au taquet dans le passage Choiseul, grand comme une boite à bento à deux étages et néanmoins lumineux, Momo No Ki (l'arbre de la pêche) doit sa réputation à ses imparables tonkatsu que l'on assaisonne soit même d'une des trois sauces mises à disposition (miso, sucrée, salée). On notera que cette initiative n'est pas banale et que celle-ci mériterait d'être exploitée à grande échelle tant est il réjouissant de napper ou non sa viande tel qu'on l'entend.

La formule du midi à 11 euros (13 euros avec le thé vert à discrétion) est gentille et pas piquée des hannetons. On se laisse tenter par le porc, le saumon, les gambas ou bien le poulet (le tout pané, naturellement) et Momo No Ki assure le reste (miso nickel, légumes en saumure, choux, pomme de terre écrasée à la fourchette légèrement sucrée.)

Le porc pané (première côte, 120 grammes au bas mot) pour lequel j'opte sans hésitation, en plus d'être copieux est tendre, voir fondant par endroits et savoureux à vous en décrocher la mâchoire. J'apprécie sa chaire rosée, parfumée autant que sa panure dorée, gouteuse et croustillante. C'est du cousu main, du travail d'horloger, d'une qualité supérieure voire très supérieure à ce qui est proposé à Paris et ailleurs. Le secret de cette panure si légère? L'occasion toute trouvée, la fois prochaine, d''engager la conversation avec cette jolie serveuse que je n'ai pas quitté des yeux et dont je crains m'être enamouré...


Momo Noki

68 Passage Choiseul

75002 Paris

01 42 96 48 37

(Ouvert uniquement le midi)

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26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 22:35

Ainsi, Yoshihiro Suzuki, jeune trentenaire ayant fait ses dents chez Ingaku à New York et au dispensable Ozu de Thierry Marx succède à Toshiro Kuroda, initiateur du Workshop Issé rue des Grands Augustins et légende vivante d'Issé première version (rue Sainte Anne) qu'il a récemment réinvesti pour y fonder Bizan, kaiseki spécialisée dans les sushis, exceptionnels, sinon les meilleurs sur Paris à en croire la rumeur. 

Si pour Toshiro Kuroda, la canonisation n'est qu'une question de jours, la carte proposée par Suzuki n'a pas de quoi rougir. Simplissime dans son intitulé, aérienne et non moins directe comme une pièce de dentelle pleine de ressorts et de panache; je snobe la friture de crabe en mue au vinaigre noire, le foie gras mariné au miso Saikyo / vinaigre balsamique et sauce de soja pour le bento à 35 euros dessert compris.

Surprise, la boite aux motifs japonais traditionnels raffinés et colorés (yuzen) est à double compartiments. La présentation homogène, soignée et soucieuse d'harmoniser les couleurs s'articule autour de la généreuse et succulente cuisse de canard confit au miso Saikyo qui est l'arc de voute de cette dégustation mettant en relation plus qu'elle ne confronte, des viandes et poissons comme l'anguille grillée, le magret fumé fourré aux poireaux ou le saumon sur son lit d'algues et de spaghetti d'agar agar.



Les tempura de kaki, d'artichaut et de shiso (délicats et travaillés à la perfection) mais encore le radis «Daikon» sont plus que des faire valoir puisqu'ils structurent le bento et sont comme des passerelles, des portes gourmandes ouvertes sur de nouvelles réjouissances

Au final, avec un dessert limpide et attachant (cheese cake à la patate douce accompagné d'une crème de sake au four) et son service discret, Issé défend haut la main sa réputation d'excellente adresse japonaise dans la capitale, sinon l'une de des meilleures. On en sort béat, avec une irrésistible envie d'y retourner.


Issé

45 rue de richelieu.

75002 Paris

Tel : 01 42 96 26 60

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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 10:35
       


«Le vide est tout puissant car il peut tout contenir.»

Okakura Kazuko, Le livre du thé, 1906

                                                                                                
L'ouverture d'une maison de thé japonaise à Paris constitue toujours un événement en soi. Lorsque la mise en espace de celle-ci est laissée aux bons soins de Kengo Kuma, on en oublierait presque d'observer attentivement la préparation délicate et extrêmement codifiée du thé matcha. On a beau rester en pâmoison devant ces gestes millénaires qui témoignent d'une fascisante maitrise et se régaler d'un thé à l'amertume légère rééquilibrée par les petits gâteaux de Gerard Mulot ou les chocolats de Pierre Hermé, impossible de se retenir de fouiller du regard ce nouveau lieu ou s'interpénètrent le réel et le voyage intérieur.

D'une lecture limpide, et proposant de jouer sur une quasi absence de séparation entre l'intérieur et l'extérieur, l'espace est largement ouvert sur la rue et baigné de lumière naturelle grâce à ses immenses baies vitrées qui abolissent par temps très clair jusqu'à l'idée de frontière.

L'architecte japonais Kengo Kuma qui ne cache pas être habité par ce désir d'«effacer l'architecture» et de la rendre «transparente à elle même», et parce qu'il ne souhaite pas rompre avec son environnement mais bien être en prise directe avec le site, a opté pour la transparence qu'il a exprimé avec des volumes simples et minimaux. Aussi a-t-il accordé un soin tout particulier au choix de matériaux vernaculaires directement exploitables dans leur forme d'origine, telle des galets ou bien cette impressionnante forêt de roseaux suspendue au dessus d'une longue table-comptoir en hinoki.

L'esthétique épurée proposée par Kengo Kuma qui suggère plus qu'elle ne révèle, témoigne de la vacuité et l'impermanence que l'on retrouve dans l'habitat traditionnel japonais.

 Bannissant dès le rez de chaussée les formes trop sculpturales qui annulent le matériau et en détruisent les sensations, cet espace est complété au sous sol par une vaste pièce qui fait office de salle d'exposition et ou sont proposées à l'occasion des initiations à la cérémonie du thé.

Jugetsudo, petit frère d'une maison de thé ouverte à Tokyo en 2003 signifie «l'endroit d'où l'on regarde la Lune». 

Situé à la croisée de deux quartiers animés, l'établissement n' accueille au maximum que cinq personnes dans une ambiance sonore feutrée et toute en retenue rythmée par le ronron de la bouilloire en fonte et la conversation délicate et éclairée des maitresses du thé. C'est dire si le moment qu'on y passe est inoubliable.




Jugetsudo
95 rue de Seine
75006
01 46 33 94 90

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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 14:53
























C'est en relisant  les dernières pages d'Eloge de l'ombre de Tanizaki qui s'achève sur la complexe et non moins alléchante recette des sushis aux feuilles de kaki que m'est venue l'envie de me replonger dans Le Gourmet Solitaire, la manga de Jirô Taniguchi. De telles choses ne s'éxpliquent pas. Après tout, la démarche du narrateur n'est pas si éloignée de la mienne, qui ponctue son éxistence d'une multitude de plaisirs minuscules glanés ci et là dans un nomiya (troquet), un conbini (supérette), dans un restaurant au bord de la mer, la cafétéria d'un parc tranquille ou bien dans un siège comfortable du Shinkansen. Pour ce gourmet également, l'acte de se substanter obeit à un rituel profond et quasi necessaire, animé par cette capacité de renouvellement et de curiosité dont la source semble intarrissable. De beignets de poulpe, en bol d'anguilles grillées, en passant par du porc sauté et au delà de la répetition absolue de la démarche qui agit comme un charme, c'est aussi l'air du bonheur qu'on semble repsirer au fil de ces pages que j'aime comparer à un ouroboros, autrement dit un zazen infini.




L'appêtit gagnant du terrain sur ma concentration jusqu'à l'emporter sur cette dernière, je lâchais l'ouvrage et me rendis rue Sainte-Anne ou j'entrais un peu par hasard chez Oki, réputé pour ses okonomiyaki (plat à base choux chinois et de farine de sarrasin nappé de sauce Okonomi et cuit sur plaque chauffante) qui propose une cuisine populaire correcte quoique trop fade à mon goût et manquant d'entrain. Je fréquente régulièrement cette addresse dont curieusement la cuisine m'importe peu en comparaison de la netteté et la précision "nordique" de son mobilier aux lignes claires et simples. Sensible à l'espace et à son interprêtation, je l'étais d'autant plus ce jour là que je venais de parcourir une seconde fois l'essai de Tanizaki qui oppose les mystères et les bienfaits de l'ombre orientale à la clarté et la brillance occidentale.
Aki, avec son dispositif lumineux qui consiste à baigner violemment ses deux salles dans une clarté qui en interdit tout mystère et profondeur (en vain en traquerez-vous l'ombre la plus fagaçe) se différencie par éxemple (bien qu'  également japonais) de son voisin Takara chez lequel les poches d'obsurités et les effets d'ombre sont partie intégrante du met dont il offre une nouvelle lecture. Aussi, le yôkan (pâtisserie à base de haricots rouges et d'agar-agar) servi dans le même plat laqué à la fois chez Aki et Takara, s'éxprimera-t-il plus volontiers chez ce dernier ou une fois immergé dans la lumière tempérée de l'établissement et de son plat "telle que l'on ait peine à en discerner la couleur, il n'en deviendra que plus propice à la contemplation. Et quand enfin vous portez à la bouche cette matière fraiche et lisse, vous sentez fondre sur la pointe de votre langue comme une parcelle de l'obscurité de la pièce, solidifiée en une masse sucrée, et ce yôkan somme toute insipide, vous lui trouvez une étrange profondeur qui en réhausse le goût."
Depuis Henri Alekan, immense directeur de la photographie (Les Portes de la Nuit, La Belle et la Bête) ou bien le réalisateur Jacques Tourneur (La Féline, Rendez-vous avec la Peur) lequel avec son complice Nicholas Musuraca provoquait la peur du spectateur en suggérant plus qu’en ne montrant et utilisait génialement les jeux d’ombre et de lumière pour susciter l’effroi, on sait l'importance de l'ombre dans l'art cinématographique et au delà du cinéma, dans chacun des arts y compris l'art culinaire car s'il est bien une cuisine plus que nulle autre qui fait subtilement et très intelligemment usage de la mise en scène et de l'éclairage, c'est la cuisine japonaise, d'une humanité attachante, à la fois dépouillee et d'une ironie très douce, simplement sublime.



Portrait de Tanizaki par Glaciar de Basura
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