750 grammes
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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 23:17

Lai 1

L’automne est venu après une longue attente, qui s’est préparé comme en cachette de l’été. Les feuilles sont rentrées dans les arbres et des nuages tout blancs passent au dessus de nos têtes. Quelquefois, je leur préfère les avions, et les sillons qu’ils laissent dans le ciel. J’envie déjà ce bonheur qu’ont les arbres, au sortir de l’hiver, de sentir la sève remonter. En attendant, j’aime me réfugier dans les cantines japonaises ou les saisons ne semblent plus avoir de prises. Par exemple, dans cette grande salle d’aspect austère, c’est toutes les saisons à la fois, tous les jours en un. On n’y est plus esclave du temps; on l’a comme jeté par-dessus son épaule.

Une jolie serveuse en gris, collants bleu foncés. Pas grande mais pas petite non plus. Elle passe avec des grands yeux noirs brillants, déterminée à épuiser le chaud plaisir de la vie. Par mes grands yeux ouverts, cette merveille pénètre mais ne se fixe pas. Elle est en grande conversation avec une collègue à la tête petite, le nez un peu relevé du bout, avise les guyoza les dépose sur ma table, agit pareillement avec la soupe au bœuf épicé, pimentée en diable et c’est à peu près tout jusqu’à l’arrivée de Bertrand Tavernier auquel elle offre son plus beau sourire pendant que je l’associe dans mes pensées à ce printemps regretté, aux feuilles fraiches dépliées, aux bourgeons ouverts des grands marronniers.

C’est le chef Eric Briffard, qui m’avait un soir soufflé l’adresse. «En face de la caserne de pompiers, tu ne peux le manquer. C’est la seule adresse valable de la rue Sainte-Anne, excepté Bizan. J‘y ai mes habitudes depuis longtemps.» Lai 2

 

Lai 3

 

 

Lai lai ken

7 rue Sainte-Anne

75001 Paris

Tel: 01 40 15 96 90

 

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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 12:41

Kuni2--1-.JPG

L’aficionado de Kunitoraya, cette illustre cantine besogneuse, embuée et enfumée qui ne désemplit jamais, tombera inévitablement sous le charme de Kunitoraya 2, situé à une dizaine de mètres à peine de son ainé, qui en est la version soft, apaisée et élégante. On se souvient avoir empreinté cette rue à de multiples reprises et être passé devant une plantureuse brasserie bourguignonne, Chez Pauline. C’est aujourd’hui Kunitoraya 2, à l’aise entre ses murs carrelés de blanc, sa cuisine ouverte et ses vestiges d’un autre temps. Plus qu’une annexe de la maison mère qui serait contentée de reprendre dans un cadre plus engageant ses udon - et dans une moindre mesure ses tempura - qui ont fait sa renommée, Kunitoraya 2 en est plutôt le prolongement chatoyant.

Aussi, doit-on s’attendre le soir à une large proposition de tapas (bulot et poireau au miso mariné, boutargue et radis, chaire de crabe marinée, en sont quelques exemples), un menu omakase à 70 euros plutôt avenant ainsi que les grands classiques de la cuisine japonaise comme les donburi, onigiri, tempura, terriyaki (à signaler, le ris de veau, les langoustines), sans oublier les fameuses udon (grosses nouilles de farine de blé) proposées dans plusieurs configurations, bouillon chaud, bouillon froid, à tremper ou on, celles au yuzu me tapant tout de suite dans l’œil avant que je ne leur préfère les Ten Don, un donburi agrémenté de tempura de légumes et gambas diaboliquement croustillantes et irréprochables (17 euros).

Kuni2--2-.JPG

Le service du midi peut-être est l’occasion de goûter ce bento (37 euros) visiblement d’un excellent rapport qualité/prix composé du coffret compartimenté, de tempura , d’un sushi à la vapeur et d’un bol de udon.

Le cadre se prête bien à la dégustation de vins, ce que les touristes et expatriés japonais qui composent la quasi-totalité de la clientèle, ont rapidement assimilé. Pour ma part, je me contente du seul thé vert disponible, qui n’est pas le plus noble (un hojicha, raillé par les puristes) mais toujours agréable à siroter lorsque le temps se fait plus frais, du fait de sa torréfaction qui révèle de surprenants arômes minéraux. Avec ça, rien ne manque, tout est facile, tout est heureux et je n’ai d’autre pensée que celle d’un plaisir toujours renouvelé.

 

Kunitoraya 2

5 rue Villedo

75001 Paris

Tel: 01 47 03 07 74

 

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 09:44

Juji-Ya 1

Jusque là, je fréquentais exclusivement ce snack/épicerie pour ses friture de légumes (kakiage) et son porc pané que je rapatrie de temps à autres à la maison pour grignoter sur un coin de canapé avec un bol fumant de riz japonais (miracle du rice cooker) de la région de Takayama, cette ville située dans la préfecture de Gifu à laquelle je reste très attaché en raison de ces journées délicieuses passées à marcher dans sa campagne ainsi que ses montagnes, aux pieds du Hotokadake.

Juji-Ya-2.JPG

Ce midi, je m’y rendais pour la première fois avec l’intention d’y déjeuner sur le pouce, plutôt au rez de chaussée qu’à l’étage, trop triste et caverneux à mon goût. Là, au bord de la fenêtre, installé à une petite table et non sur le micro comptoir face à une glace, comme ce fut ma première intention, rien d’autre n’arrive que des moments d’une extrême douceur, comme débarrassés de la violence qui les accable, trop souvent.

Juji-Ya-3.JPG

Dehors, on fait déjà la queue, certes bien modeste en comparaison de ce long serpent étiré sur une bonne dizaine de mètres devant Kunitoraya, fameux pour ses tempura.

Comme tout le monde, j’annonce mon choix (un saumon grillé à la sauce miso), comme tout le monde je choisi trois accompagnements qui garniront mon bento (aubergine sauce soja, vermicelles, haricots verts au sésame) et comme tout le monde je m’acquitte d’une somme raisonnable (8,50 euros).

Juji-Ya 4

Ne reste plus qu’à extraire les baguettes de leur étui en papier, les séparer avec ce petit bruit sec caractéristique et manger avec plaisir en regardant le temps qui n’en finit pas de passer, ou plutôt, qui commence, qui commence…

 

 

Juji-Ya

46 rue Sainte-Anne

75001 Paris

Tel: 01 42 86 02 22

 

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19 septembre 2010 7 19 /09 /septembre /2010 12:10

Kikou 1

Mon premier est un couple taïwano/thaïlandais ultra sympathique aux commandes d’un comptoir japonisant adorablement regressif et très kawai. Mon second excelle dans le bubble tea dont il propose pas moins de 100 parfums parmi lesquels l’azuki, le taro, le sola (fruit thaï), le caramel, le calpico (boisson à base de lait fermenté), l’aloe vera et toutes les saveurs fruitées courantes imaginables. Mon troisième mitonne des bentos pas ridicules pour un sou, des onigiri, des bouchées nippo/chinoises plutôt délicieuses, des wagashi, des muffins chocolat/wasabi mais encore une poignée de sandwiches vietnamiens. Mon tout est une planète à lui tout seul, une plateforme asiatique, fourmillant d’interconnexions, de ramifications, ou l’on se sent un peu chez soi, la tête déjà ailleurs et un pied en Asie: c’est le Kikoumaru Café.

Kikou 2

On engage facilement la conversation avec Suzanne qui ne se départit jamais de son sourire (le légendaire sourire thaïlandais), on évoque Taipei et ses plantations de thé sur les collines, la bataille qui fait rage depuis des décennies entre la capitale et Taichung, chacune disputant à l’autre la paternité du bubble tea. La conversation glisse naturellement sur la Thaïlande, on évoque les collines du Triangle d’Or recouvertes de théiers, ma petite île favorite, celle Ko Phangan, et oui, parmi tant d’autres choses, le Thaï Iced Tea me manque, c’est une boisson introuvable à Paris, d’une simplicité enfantine à préparer, mais boudée par la restauration thaï. Or, il se trouve justement qu’une des «spécialités du chef» de la maison soit le Thaï Iced Tea. Miracle.

Kikou 3

Je patiente sur un tabouret à regarder des photos légendées de spécialités culinaires s prises en voyage par Suzanne, telle cette clam chowder, une improbable soupe de clams barbotant dans un pain évidé, ou cette imposante brioche au porc dégoulinant de toutes parts, chargée de mille et un ingrédients qui donne l’impression qu’on a vidé le frigo en catastrophe. Je n’ai pas le temps d’avoir définitivement l’appétit coupé qu’arrive déjà la boisson avec la même couleur orangée qu‘en Thaïlande, sa glace pilée et les mêmes arômes de thé rouge battu avec du lait, du lait concentré et beaucoup de sucre. Cerise sur la gâteau, le Thaï Iced Tea est servi avec ces petites billes de tapioca, la signature Kikoumaru. Alors, lorsque Suzanne s’assure que la boisson me plait, je lui assure qu’elle est excellente au point que je n’y trouve aucune différence avec celle sirotée au lever du jour sur un petit marché thaïlandais, et je la rassurée, contente, fière aussi. C’est également ça, Kikoumaru Café, un espace à multiplier les plaisirs, les sourires, les sentiments.

 

Kikoumaru Café

43-45 rue de la Roquette

75011 Paris

kikoumaru-cafe.com

 

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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 15:20

Youlin-1.JPG

Avec sa superficie à peine plus grande qu’une boite à bento (40 m2), ses 14 couverts et son choix limité mais pointu de sake, umeshu et autres shochu, le jeune patron de Youlin a réussit à injecter dans son repaire de la butte Sainte Geneviève un peu de l’esprit de l'izakaya japonaise, sa chaleur comme sa convivialité, bien que les plats ne s’y partagent pas, comme le veut la tradition, mais se succèdent en petites portions individuelles. On sentirait presque une pointe de regret, d’amertume dans la voix de ce jeune entrepreneur d’à peine 30 ans formé à Tokyo puis Kyoto aux côtés de l’excellent Eiichi Edakuni, star en son pays et maitre d’œuvre de Guilo Guilo dont Youlin Ly a par ailleurs largement contribué à l‘ouverture lorsque le chef quitta son fief pour ouvrir sur la butte Montmartre son adresse déjà culte. C’est ému, un brin tendu, que Youlin Ly nous promet très prochainement (l’affaire est sur le point d‘être conclue) l’ouverture d’une izakaya du côté de Notre Dame, l‘adresse de la rue Valette devant se convertir en bar à sake. Le sake, Youlin en a fait presque malgré lui sa spécialité et il semble intarissable sur le sujet, aussi vaste nous confie-t-il que l’œnologie. Il n’hésite pas à nous en faire gouter plusieurs variétés dont certains sont servis dans un verre glacé, détail qui force le respect. Si nous ne retenons pas les noms, au moins sommes nous convertis au point de lui arracher le nom de quelques fournisseurs comme Isse ou Sake Bar dont l’offre est selon lui exceptionnelle.

Youlin-2-copie-1.JPG

Les alcools japonais nous accompagnent tout le long du menu Omakasse (8 plats, 35 euros) et se combinent idéalement à cette succession de plats d’inspiration française cuisinés à la manière japonaise. Un dialogue s’articule ainsi autour des boissons qui sont comme des virgules placées au bon endroit et rythment la cadence des assiettes.

La présence des baguettes, la taille réduite des portions a obligé Youlin Ly à repenser les plats. On pense à ces personnes qui bâtissent des voiliers dans une bouteille de rhum. La tâche de Youli Ly et son équipe entièrement japonaise est précise, méticuleuse mais jamais précieuse, démonstrative. On injecte par petites touches des produits de la cuisine japonaise comme de l’huile de sésame (pour certaines cuissons carnées), le ponzu, le karashi ou des agrumes comme le sudachi ou bien l’inévitable yuzu. Les modes de cuissons des viandes et poissons, quand à eux, sont revus à la manière japonaise, qui est l’exact opposé de la notre.

Youlin-3.JPG

Le repas fut convaincant sans pour autant nous laisser de souvenir impérissable, ce qui est loin d’être une obligation en soi. A la fois maitrisé et rigoureux, on peut néanmoins regretter que les assiettes soient trop prévisibles, peut-être trop sages. On les aurait souhaité plus énergiques, plus agressives. Mais peut-être le critique fait-il fausse route, qui attend trop d’une cuisine dont l’intention n’est pas de se distinguer par son audace mais de se contenter d’injecter de subtiles touches asiatiques dans les classiques français, art délicat que Youlin Ly et son équipe semblent maitriser parfaitement.

Youlin-4.JPG

On peut dire que du premier au dernier plat tout fut savoureux, à l‘exception du blanc manger/mandarine trop convenu. Le menu est refondu chaque mois, avec une inclinaison japonaise plus ou moins prononcée selon les envies de l’équipe en cuisine composée exclusivement de japonais et ce jour là, ça donnait pour commencer, une terrine de légumes à la gelée de ponzu, carpaccio de bar et brochette de melon/parme.

Youlin 5

A suivre, le velouté de carotte à l’émulsion de vanille, l’œuf mollet, asperges et concassé de tomates séchées, le tartare de saumon proposé sur un lit de semoule avec sa mayonnaise de sésame. Toujours d’une grande finesse et œuvrant à tirant de ses ingrédients le maximum de saveurs.

Youlin-6.JPG

Le poisson que ma gourmandise m’a fait omettre de photographier (maquereau et ses deux sauces - miso et shiso, qui est le basilic japonais) confirme la belle tenue de ce menu qui déroule ses petits plats sans fausse note.

Youlin-7.JPGUne cuillère de granité menthe/ananas est la bienvenue pour rafraichir notre palais et assurer la transition entre le poisson et la viande, à savoir le magret de canard coiffé de zestes de citron, pommes de terre nouvelles.

Youlin-8.JPG

Le blanc manger qui n‘inspirait visiblement pas le chef, met le point final à ce repas impeccable. Dans de telles circonstances, on ne peut que renouveler nos félicitations à cette équipe et longue vie à Youlin appelé à renaitre de ses cendres. On bout déjà d’impatience.

Youlin-9.JPG

 

  

Youlin

3 rue Valette

75005 Paris

Tel: 01 43 26 05 32

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 09:53

Takeo-1.JPG

C'est merveilleux, le printemps. On s'extirpe de son bureau, on claque la porte chez soi et on pousse d'un pas nonchalant jusqu'au marché des Enfants Rouges, le plus ancien de Paris, qui doit son nom à l'hospice du même nom dont les enfants portaient un uniforme rouge. On sait avant même de pénétrer sous la halle qu'on déjeunera le plus tranquillement du monde en terrasse, soit à l'une de ces longues tables d'hôte, soit à une petite table coincée dans une allée. C'est même une certitude puisqu'à midi tapantes on passe commande au comptoir ouvert sur la cuisine d'un donburi de sardines, de deux beignets de pomme de terre et d'un thé glacé aux céréales (13,80 euros au total) et qu'une fois muni de notre ticket on s'installe au soleil, au calme, qui n'est pas le moindre des luxes à Paris.

Takeo 2

C'est exactement au moment ou l'on s'empare de baguettes pour les essuyer par précautions dans une serviette en papier, que les souvenirs de l'ambiance fascinante des marchés couverts d'Asie se rappellent à nous. On pense qu'il n'y aurait pas beaucoup à forcer l'imagination pour se croire attablé à Fukuoka, à Bangkok, à Saigon. Et cet agréable sentiment de se communiquer aux doigts qui actionnent déjà les baguettes, portent à la bouche un filet de sardine divin (Takeo, la patronne originaire du Kyushu n'a pas à chercher loin pour se fournir puisque qu'elle pioche ses produits parmi les différents étals du marché couvert.) Le riz est peut-être faiblard (trop cuit, en dehors du coup), les algues, divers ingrédients marins, quelques fèves rassemblées aux extrémités du bol suffisent à rendre ce plat solide et convaincant. Les croquettes au léger goût sucré fondent dans la bouche avec délice quand le thé glacé finit de nous transporter sur ce continent auquel on ne pense jamais sans émotion et qu'on s'apprête à regagner d'ici quelques jours.

Takeo-3.JPG

 

 

Takeo

39 rue de Bretagne

75003 Paris

Tel: 01 48 04 34 59

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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 13:26

Tokki-1.JPG 

Il était une fois une jeune et adorable cantine japonaise saine et sagement métissée dont Lami, originaire de Corée serait en quelques sortes la fée. Vous la verrez plus souvent de dos que de face, affairée dans sa cuisine minuscule, mais sachez que chacun de ses rares passages en salle est toujours un enchantement comme lorsqu'elle nous raconte avec un sens du récit inouï l'origine de cette surprenante infusion au sarrasin dont je me régale, récoltée dans le jardin maman, grillée avec amour dans la cuisine de celle-ci.

Tokki donc, on s'y régale sans se ruiner d'une formule midi (plat/dessert/boisson) échelonnée entre 11,50 et 15,50 euros.

C'est classique (bentos , katsudon de poulet, nouilles sautées, soupes) mais solide et bien troussé. Toujours frais, gouteux et soigné. Ce midi, le saumon cuit «à la japonaise», bien saisi à l'extérieur, cru à l'intérieur était délicieux, tout autant que pouvait l'être la sauce Teryaki douce et légèrement sucrée qui accompagnait le poisson plutôt qu'il n'en étouffait le goût, vertu qu'il serait bien temps de mettre en pratique dans notre cuisine occidentale.

Tokki 2 Bis

Les desserts ont le goût du voyage et de la mixité (cheese cake soja aux fruits de saison, pannacotta selon l'humeur au thé vert, au thé au jasmin..., blanc manger au lait d'amande, sirop de koji et kiwi et autres fianciers au thé vert). On peut tout autant les déguster en fin de repas que l'après midi autour d'un thé dont la carte est également soignée: thé vert aux pétales de riz, thé vert gillé «Uji cha», Uzu cha (thé à l'orange macérée et au miel), ginseng rouge...

Tokki-3.JPG

Les personnes soucieuses de leur ligne apprendront avec intérêt qu'un menu allégé en matières grasses est à l'honneur chaque vendredi. Ou comment joindre l'utile à l'agréable.


 

Tokki

10 rue de la Boule Rouge

75009 Paris

Tel: 01 45 23 18 80

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4 avril 2010 7 04 /04 /avril /2010 13:02

Je me sentais mieux que la veille mais j'avais toujours de la température. Voulant nettoyer mon corps moite de transpiration, je réussis tant bien que mal à quitter mon lit. Le plafond tanguait. Mes bras et mes jambes étaient bizarrement légers et cotonneux, et je n'arrivais pas bien à garder l'équilibre. Mais ce n'était pas vraiment désagréable: la gourmandise plutôt qu'une faim de loup me commandait de sortir et de pousser la porte de ce restaurant japonais auquel je pensais sans relâche entre mes périodes de sommeil. Quitter l'appartement me ferait le plus grand bien et achèverait de me remettre sur pied, j'en étais certain. Je suis arrivé jusqu'à la salle de bain en me cognant à toutes sortes de choses, coussins, poubelle, coin du lavabo, et j'ai pris une douche.

Ensuite, j'ai avalé péniblement deux tranches de pain qui avaient perdu toute leur fraicheur. Dehors, le temps était triste et froid. Il y avait longtemps que je n'avais pas entendu le bruit de la pluie. Je ne cessais d'entendre un léger bruit, comme de petites bulles qui éclatent. Je me demandais avec étonnement comment j'avais pu dormir autant. J'avais l'impression de flotter sur une mer à la limite du sommeil et de l'éveil. Je ne me souviens pas vraiment de mon trajet, si j'ai pris le métro ou un taxi.

Kiyo 1

C'est comme si j'avais été aspiré pour être recraché devant la porte de Kiyomizu qui occupe depuis l'été dernier l'espace du mythique Kinugawa 2. Le décor n'avait pas subit de transformations flagrantes. L'esprit traditionnel raffiné avait été préservé. Les teintes caramélisées, l'intérieur sobre de bois clair ainsi que d'élégantes dalles de pierre rassuraient, faisaient de ce lieu un territoire hospitalier, soigneux, doux et libre.

Kiyo 2

J'entamais le menu dégustation à 40 euros en accordant toute mon attention aux arômes de chaque ingrédient, à leur texture. Je pris tout mon temps pour les apprécier. Je laissais ce thon cru le plus succulent, le plus fondant qu'il me fut jamais offert de goûter, faire le tour de mon corps, ainsi que ce poisson que j'ignorais jusqu'alors, - la sériole – qui chacun à sa manière faisait le tour de mon corps jusqu'à imprégner le fond de mes oreilles. Par moments, je fermais les yeux pour me concentrer. Le boeuf, les tempura, le saumon, le parcours était fléché mais sans embuche, une manière de voie royale.

Kiyo 3

Kiyo-4-bis.JPG

Parvenu au dessert (raviole de tapioca à la fraise, poudre de soja grillé, caramel de cassonade), j'avais l'impression d'être engourdi. Mais cette fatigue ne m'était pas désagréable. Plongé dans cet engourdissement jusqu'à en être totalement submergé, je me sentais même très bien. Si bien que je crois avoir marché longtemps, très longtemps dans la ville grise.

Kiyo 5
 

Kiyomizu

4 rue Saint Philippe du Roule

75008 Paris

Tel: 01 45 63 08 07

www.kiyomizu.fr

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 08:40

Toraya 1

Au Japon, la famille, les amis d'Hiromi se retrouvent après le travail sous les cerisiers dont la floraison atteint ces jours ci sa pleine puissance. Cette jolie et poignante manifestation de l'éphémère auquel les japonais sont très attentifs est attendue chaque année et appréciée au point que l'on se presse en masse sous les arbres, dans les allées qui succombent au sakura zensen, ce front des fleurs de cerisiers dont l'agence nationale de météorologie relaie en permanence l'avancée du nord au sud, d'Okinawa à Hokkaido. A Paris, le salon de thé japonais Toraya (le premier à Paris à avoir ouvert ses portes en 1980), dont la carte de wagashi - les pâtisseries japonaises traditionnelles - est comme il se doit rythmée par les saisons, célèbre à sa manière cet événement avec quatre Namagashi (gâteaux frais de saison) qui soulignent combien l'aspect visuel dans la gastronomie japonaise importe tout autant que le plaisir gustatif.

 La première semaine, mon choix se porte sur l'intrigant Tôzakura (horizon de cerisiers en fleurs: truffe de vermicelles blancs et rose en azuki blancs, fourrée à la pâte d'azuki rouges entiers). Celui-ci fond dans la bouche sans impressionner ni convaincre. La semaine suivante, le Sakura Mochi (délice de cerisier: fine crêpe de farine de riz fourrée d'azuki rouges en purée, recouverte d'une feuille de cerisier), ravissant au point d'en faire scintiller les yeux d'envie, s'avère bien plus réjouissant pour mon palais qu'il parvient à enchanter au point que les saveurs semblent comme fixées pour longtemps sur le bout de ma langue.  

Toraya 2

Ce même jour, je quittais le très respectable salon de thé Toraya pour traverser la Seine et me rendre à la Maison de la Culture du Japon - sorte de nuage posé sur les quais – ou j'assistais pour la première fois à une représentation de Rakugo. C'était au milieu de la scène nue, un conteur assis sur un coussin, en seiza. Vêtu d'un kimono, ce dernier n'a pour accessoire qu'un éventail et un essuie main qui l'aident à évoquer les situations ou les objets les plus divers. Par exemple, l'essuie main deviendra un livre, une lettre quand l'éventail suggérera le pinceau, la pipe à tabac, la canne à pêche ou les baguettes. Malgré cette sobriété, le maitre de cet art de la parole, incarnant à la fois le locuteur et l'interlocuteur, parvient sans peine à faire surgir une multitude de personnages du petit peuple de l'ère Edo. Incarnant tous les rôles, il passe de l'un à l'autre en modifiant sa voix, en tournant la tête, d'un simple geste. 

Rakugo

Le Rakugo puise ses origines dans les textes sacrés desquels il a fini par s' éloigner pour privilégier une narration plus distrayante, résolument ancrée dans le profane. Des salles spécialisées (yosen) ouvrirent un peu partout, permettant aux fonctionnaires, petits-bourgeois et gens du peuple de se détendre en riant tout en appréciant les performances du conteur dont les histoires sont bien connues de tous. En effet, on ne vient pas tant au Rakugo pour les histoires que pour la manière dont celles-ci sont narrées, pour les performances d'acteur. C'en était, au fil de cette soirée riche en surprises, la belle illustration.


 

Toraya

10 rue St Florentin

75001 Paris

Tel: 01 41 60 13 00

http://www.toraya-group.co.jp/paris/index.html

 

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 13:40



Première enseigne européenne de la branche Nichigekka Ginza du groupe Ramla, Oto-Oto fait partie de ces restaurants sur lesquels il est difficile de porter un avis tranché et qui peuvent autant laisser un goût amer que combler.
Reconnaissons lui néanmoins le mérite de générer des réactions, de ravir comme de déconcerter.
La seule lecture de la carte témoigne de ce parti pris qui n'est pas toujours des plus heureux. On y voit son chef Yatawaga (second couteau de Bruneau à Bruxelles et de Bernard Loiseau à Saulieu) hésiter entre une cuisine reproduisant les classiques fondamentaux de la cuisine japonaise (katsudon, omburi, tempura) tout en s'engouffrant dans les brèches d'une cuisine plus sophistiquée (assortiment de petits plats variés et dits «créatifs», somme toute assez stériles, dépourvus de vision d'ensemble et dénués d'intention).



Aussi surprenant que cela puisse paraître, la maison s'accommode plutôt bien de ce manque d'ambition et de vision d'ensemble, à l'image de son menu Zen de Daimo (28 ), soit 7 petits plats précédés d'une salade aux écrivisses et épaulés d'une soupe miso et d'un riz blanc. Pâté d'aubergine, lamelles de foie gras, croustillant de porc, saumon grillé mariné, tempura... rien de bien surprenant dans cette composition, rien de fulgurant, seulement cette dernière parvient paradoxalement et sans l'ombre d'un effort à tirer le meilleur parti de cette étonnante absence de propos et de prise de risque. On n'y trouve rien de honteux, çà s'avère au final assez plaisant mais on ne déborde pas de joie pour autant.
En appui, le sencha Jugetsudo, facturé sans complexe 5,5 euros et comble de la mesquinerie, proposé en sachet individuel.
On notera que sue le même model, le menu du soir "Oto de Rencontre", culmine à 39 euros et que les formules changent tous les mois.





Oto-Oto
6 rue du Sabot
75006 Paris
Tel: 01 42 22 21 56
http://www.ramla.net/luxury_restaurant/otooto_PARIS/

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