750 grammes
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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 09:20
 


Un dimanche midi, la logique sinon le bon sens voudrait qu'après avoir couru une bonne heure dans le Jardin du Luxembourg, je m'attable à la Bolée, épuisé certes, à bout de souffle, mais content de moi et pour tout dire plutôt fier. Seulement, crêpes à la clef ou non, ce scénario ne risque pas de se produire tant l'idée de me joindre à la meute des joggers du dimanche matin est la dernière extravagance que j'ai jamais désiré. A la rigueur, avec deux jambes en plus, je pourrais reconsidérer la question - comme quoi ce n'est pas gagné.
C'est donc d'un pas trainant et allègre que je me suis rendu dans cette petite crêperie dont le charme, s'il ne saute pas immédiatement aux yeux (nappes en plastiques, carrelage au sol plutôt froid et tristoune) s'installe progressivement, laissant même une certaine magie éclore à ma grande surprise dans un lieu qui en est apriori dénué (clientèle d'habitués chaleureuse, grande gentillesse des deux dames aux commandes du lieu).
Avec sa formule imbattable à 9,50 comprenant une crêpe salée, une sucrée et une bolée de cidre, je ne m'attendais pas une galette trouant le plafond, encore moins pointilleuse sur son élaboration. Honnête dans ses proportions, solide dans ses fondations, affable sans être éloquente celle-ci avait déjà le mérite d'être correcte.


Si le jambon, l'œuf et le fromage de la complète sont à rattacher à l'école «compacte», façon bloc uniforme et sans surprise, en comparaison de celle plus aérienne ou chaque ingrédient fait sa star, on ne boude pas notre plaisir pour autant. D'autant plus que la sucrée à suivre est impeccable avec son chocolat noir fondu qu'on étale avec des airs de conspirateur.


C'est donc une petite rue mignonne, préservée de la foule, au bout de laquelle se trouve une crêperie qui ne l'est pas moins. Ici, point de vagues, de bourrasques ni de grandiloquence, mais une vérité toute simple, humble et touchante.




La Bolèe

25 rue Servandoni

75006 Paris

Tel: 01 46 34 17 68

 

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 16:30

Les lieux que je fréquente le plus sont paradoxalement ceux dont je parle le moins. Ainsi Zen Zoo, dans la mythique rue du Chabanais, dont mon véritable attachement tient moins à ces pearl tea qu'à l'une de ces serveuses dont la présence remplit la quasi totalité d'un petit carnet noir dans lequel je consigne scrupuleusement le moindre de ses gestes, ses humeurs, un nouveau chemisier, une coupe de cheveux à laquelle je préférerai toujours l'ancienne. L'amour à distance, en quelques sortes.
Le zenzoo naïcha, soit ce fameux thé au lait servi chaud ou glacé, flanqué de succulentes perles de tapioca, natif de Taïwan et dont les déclinaisons sont nombreuses (thé vert, sésame, macha...) s'il fut d'abord une révélation la première fois que je pris place dans la petite salle du bas, s'avère en réalité médiocre, pour en avoir consommé excessivement à la fois à Taïwan et en Chine.



En Chine, on se rendra les yeux fermés dans l'une de ces franchises Taiwanaises telles Rabbit, Bellagio, Chamate ou la boisson y est généreuse et d'une qualité sans comparaison avec ce que propose l'adresse parisienne. A Taïwan on optera pour les mêmes ainsi que les maisons de thé (hélas de plus en plus rares puisque supplantées par les chaines de café telles Starbucks et Costa) tout en alternant avec les débits qui se trouvent à chaque coin de rue dont on abusera pas, ceux-ci proposant un thé certes peu onéreux mais utilisant quasi systématiquement un lait en poudre douteux et une solution sucrée de piètre qualité.

Cette boisson étant relativement facile à élaborer, il est dommage que Zen Zoo persiste à proposer un pearl tea d'une grande platitude dans lequel la présence du thé est anecdotique (perceptible ne serait-ce qu'à l'oeil, en raison de la couleur trop claire du breuvage), d'autant plus que la maison est fréquentée par de nombreux expatriés chinois et Taïwanais. La photo suivante, prise à Taichung (Taïwan) témoignera du gouffre qui sépare Zen Zoo d'une quelconque maison de thé taïwanaise.


Reste le pearl tea au sésame qui tire son épingle du jeu, une petite carte de pâtisseries qui tient la route et surtout la grâce de la jeune femme à la pâleur presque maladive, que je devine plus souvent triste qu'heureuse derrière ces sourires de façade. A laquelle il serait temps de déclarer sa flamme.


Zen Zoo

13 rue Chabanais

75002 Paris

Tel: 01 42 96 27 28

www.zen-zoo.com

 

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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 08:41

Cuisine de feu.C'est écrit sur la carte de visite et ce n'est pas en dessous de la vérité. 
Le lieu est connu des parisiens comme des touristes. Passé 12h30 ou 20 h00, on n'y trouve plus l'ombre d'un couvert. Ambiance décontractée et conviviale au coin du feu, cochonnailles, grillades, patates sautées et pichet de rouge sur la table ont fait la réputation de cette maison qui traverse les âges sans rien céder aux sirènes de la modernité.
Je fonce dare dare sur la formule à 12 euros (entrée et plat du jour) ayant avisé dès l'entrée l'éloquente souris d'agneau laquelle fait incontestablement le bonheur de deux japonaises ainsi que d'une tablée de parisiens aux mines plus que satisfaites.
Denise m'accueille avec son franc parler et sa bonhomie habituelle et nous progressons dans le restaurant ou je n'en finis plus dénombrer des souris d'agneau dans les assiettes, à croire que tout le monde s'est passé le mot.
Rassuré sur mon choix, je prends place au bout d'une longue table en bois brut, résolument rustique, ravi, disons ému de sentir dans le dos la chaleur du feu crépitant. Il y a des moments comme ça ou tout est parfait, ou le moment se suffit à lui même.
C'était sans compter sur Denise, la garce, laquelle me fait descendre de mon nuage et lâche imperturbable, sans regret ni compassion aucune: «Plus l'ombre une souris dans le frigo! Envolée, la bestiole !»


La nouvelle est rude. Encore sous le choc, je tente de rassembler mes esprits et passe en revue trois options qui s'offrent à moi: patienter une petite heure dans le quartier, le temps que Louise soit ravitaillée par son boucher; remplacer la souris par un un plat de mon choix (boudin noir, omelette ou autres); ou bien taper hors menu, dans la grillade par exemple, qui ne serait pas la dernière des idées pour qui descend chez Robert et Louise dont la spécialité est justement la grillade sur plaque et au feu de bois !
La vérité est que je n'ai pas été long à me décider et que mon choix, contrairement à bien des fois, j'en étais convaincu, ne laisserait place ni aux regrets pas plus qu'aux sempiternels problèmes de conscience; l'occasion étant toute choisie de tester l'entrecôte de 300 grammes (18 euros) dont j'avais bien pris note à l'extérieur du restaurant.

Moment inoubliable ou je vis le cuisinier ouvrir la porte du frigo et se saisir d'une belle tranche - comme on dirait d'un beau bébé - vive, tonique, racée et d'un rouge sain et convaincant. En beauté, la bête, partie pour donner le meilleur d'elle même. C'est non sans émotion que j'assistais à cette étape rituelle, attendrissante ou le cuisinier la prend dans sa main pour en estimer le poids, la consistance et donne de petites claques sèches sur la chair pour assouplir la viande avant la jeter sur le grill. Il retourne à son piano pour lancer les patates à l'ail tout en surveillant d'un coin de l'œil la cuisson de mon entrecôte qu'il couve du regard et avec laquelle il reste en constante relation, la déplaçant, la retournant, bref, lui donnant vie.


Les patates surgissent sur la table bientôt suivie de la viande, fumante, odorante, éruptive et à la robe légèrement noircie, bien saisie à l'extérieur, saignante en diable à l'intérieur
– du grand art.
Après, que dire... C'est du beurre, ça se mâche sans effort et ça fond dans la bouche. Une expérience inoubliable, historique à la différence des patates qui auraient mérité de musarder quelques minutes de plus dans la poile.



Robert et Louise

64 rue Vieille du Temple

75003 Paris

Tel: 01 42 78 55 89

 

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 11:28

 C'est l'une des grosses actualités de la rentrée mais pas la plus renversante.

A quoi tient cette impression mitigée qui nous gagne en quittant les lieux de cette nouvelle adresse chapeautée par William Ledeuil, la seconde après Ze Kitchen Galerie logée également dans la rue des Grands Augustins ?
Certainement pas à sa déco restituant l'ambiance d'une galerie loft avec sa ligne épurée, ses matériaux élégants et sobres comme le bois clair, le béton lisse rehaussés de couleur grâce à ces banquette rouges, ces murs entaillés de couleurs primaires.
Les limites touchées par les propositions de William Ledeuil incarnées pour la plupart dans des cocottes d'une blancheur souveraine sont visibles dès le premier regard porté sur la plat, perceptibles dès la première bouchée.


Plat fragile, traversé de tremblements et de soubresauts lumineux mais aussi dépossédé de sa fulgurance, cette épaule d'agneau confite déçoit et ressemble à de belles promesses qui ne seraient pas tenues malgré le sérieux et louable travail du curcuma, de la citronnelle, du fenouil thai et du panais. A l'image de cet encorné grillé et sa tempura de crabe mou, le pot au chocolat Gianduja, glace au poivre et cacahuètes ou encore les figues rôties, une certaine mélancolie s'installe dans l'assiette également que des zones d'ombres, des profondeurs inexplorées comme si le chef, une fois exposés ses thèmes, avait oublié de les reprendre, de les moduler avec plus de précision.
Telle une demande d'amour non satisfaite, William Ledeuil bien qu'armé de bonnes intentions et fusionnant avec subtilité ses influences méditerranées et est-asiatiques, abandonne son sujet à mi-parcours.


Ses créations auraient nécessité plus de conviction, de croyance au lieu de quoi s'impose à nous cette fâcheuse impression d'avoir sous les yeux une forme certes séduisante mais vide et qui se regarderait tricher.
Si la cuisine n'a pas nécessairement pour but la beauté, l'illumination, c'est notre droit de ne pas pardonner au chef de ne pas y atteindre.



KGB

25 rue des Grands Augustins

75006 Paris

Tel: 01 46 33 00 85

 

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 08:35

Bénéficiant d'un bouche à oreille plutôt positif, Darai ne doit pas sa réputation à l'excellence ni à l'originalité de ses plats mais à cet indéniable capital sympathie dont il tire intelligemment profit (bouteille d'eau minérale posée d'office sur la table mais pas facturée, assortiment de kimchi au meilleurs de leur forme et servis à discrétion, service rapide et aimable qu'apprécient salary men et office ladies du quartier).
Usée, sans charme, voir absente, ce n'est pas la déco qui vous distraira et vous fera relever interminablement le nez de votre de votre assiette qui voit dérouler sans percussion et encore moins de conviction, un pot pourri très mollasson de la cuisine coréenne.

Certes, les plats n'y vont pas de main morte avec les épices (on ne déteste pas se faire chahuter par les piments qui ont ce pouvoir de réactiver des souvenirs en même temps qu'ils vous clouent au présent, vous scotchent à votre assiette.) Seulement, l'ersatz de cuisine proposée par l'équipe n'est guère emballant et manque cruellement d'intention, de volonté.
On avale dans l'indifférence un bol de riz avec saumon cru pour finir au bord de l'écœurement après avoir croqué dans la fameuse crêpe coréenne à la cannelle, sorte d'étouffe chrétien sec à l'intérieur, archi graisseux à l'extérieur. On louche sur les plats en marmite, le bœuf sauté, pas vraiment convaincu, vaguement agacé.
Avec ses menus autour de 10 euros le midi et 13 euros le soir, Darai pourra toujours dépanner les dineurs aux abois et faire le bonheur des petits budgets autant que réjouir les aficionados de cantines bon marché au palais endurci. En ce qui nous concerne, on passera notre chemin.

 

 

Darai
4 bis rue Violet
75015 Paris
Tel: 01 45 77 36 77

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 08:45



Il en va de certaines adresses comme des miracles ou du grand amour: c'est au moment qu'on s'y attend le moins qu'ils nous tombent sur le coin du nez.
Yauatcha, on en pousse la porte comme dans un rêve et on le quitte sur un nuage, ayant fait l'expérience de l'essence poétique, de l'absolu.
Ce n'est pas mentir que témoigner de ce souffle chaud et enveloppant du génie qui circulait d'une pâtisserie à l'autre au point de nous plonger dans un état de béatitude, de presque bonheur.
Les mots manquaient, ne franchissaient plus le cap de nos lèvres. Progressivement nous sentions- nous décoller de la réalité et nous éclairer de l'intérieur. Quelques temps nous volions.


Passons sur les spécialités à la vapeur, impeccables, peut-être les meilleures jamais goutées et restituant à la note près chaque saveur; pour porter au pinacle les constructions sucrées complexes du chef pâtissier Stéphane Sucheta, lequel possède le don de fusionner comme personne l'Orient avec les desserts français.


Soit une coque de chocolat abritant une mousse avec en son centre des framboises, lesquelles sont prises dans une gelée de griottes et airelles qui est l'essence même du propos de Stéphane Sucheta, mettons sa raison d'être, soit le rapport, l'équilibre entre pensée et sensibilité.


Poursuivons avec ce gros chou aux allures de religieuse ampoulée qui couve dans ses entrailles une crème à la violette ou s'expriment une nouvelle fois la balance subtile du sucre et la recherche des saveurs qui fait de son créateur un praticien du séisme intérieur à l'exigence inouïe.


Shanghai Lily (macaronade à la rose, mousse au marc de Gewurztraminer, litchi et confit de rose) est le monument-emblème du maestro qui travaille à l'écoute des saisons avec une attention, une rigueur proche de l'esprit du keiseki.
Des verrines également, un Mont Blanc au Kumkat, des macarons (gamme de 17 parfums dont Sésame, Pandan, Kumquat; Hibiscus, Noix de cajou) à déguster avec un thé bleu taiwanais très parfumé.
Au sortir de Yauatcha, on comprend mieux pourquoi cette adresse double étoilée crée il y a tout juste cinq ans par Alan Yau à qui l'on doit le fameux Hakkasan fait exception. Elle tient à la fois du fétiche et du talisman.

 

 

Yauatcha
15-17 Broadwick Street, Soho
Londres
Tel: 020 7494 8888
https://www.yauatcha.co.uk/

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 18:58

Au printemps dernier, le groupe Minamoto Kitchoan se séparait de sa splendide adresse parisienne située place de la Madeleine. Nul autre salon de thé japonais - sinon à moindre échelle Toraya - ne rivalisant en choix et en qualité avec Minamoto, nous avions pris l'habitude – quoique sans réel enthousiasme- de fréquenter cette adresse historique dont le succès et la longévité restent toujours pour nous une énigme.
Si Minamoto Kitchoan a jeté l'éponge à Paris, ce n'est pas le cas pour son petit frère londonien, lequel affiche une santé de fer et apporte une solution radicale à tous les amoureux de wagashi se sentant un peu orphelin depuis la disparition de l'adresse parisienne.
Vous n'aurez pas courir tout Londres pour trouver votre bonheur, la boutique étant on ne peut mieux située en plein cœur de la ville, soit dans le quartier de Piccadily, au 44, exactement en face de Fortnum and Mason, vaste plaisanterie s'il en est.


Si l'on peut regretter l'absence d'un véritable espace réservé à la dégustation ici réduit à deux ingrates et minuscules tables basses en bois fichées devant l'entrée (on se souviendra non sans nostalgie de l'enchanteur salon de thé avec son jardin zen, ses shoji et son bois clair qui faisait de l'adresse parisienne l'une des plus poétiques et magiques qui soient), Minamoto Kitchoan a en revanche sorti l'artillerie lourde en matière de wagashi puisque derrière une enfilade de vitrines nous font les yeux doux yokan, higashi, kakigashi, monoka, mamadaifuku et consorts.



Toujours de saison, toujours soigneusement mis en valeur dans leur emballage ou se concentrent plaisir visuel et recherche esthétique, les pâtisseries de Minamoto en provenance quotidienne de Tokyo n'ont rien perdu de leur fraicheur et de leur douceur suave comme peuvent l'être ces pêches ou bien ces cerises prises dans la gelée d'agar-agar qui ont fait la réputation de la maison et dont il est couru d'avance qu'on ne quittera pas la boutique sans en emporter une.

C'est Paris retrouvé à Londres, avec en prime un choix effarant de produits. On jubile, on est aux anges. Rendez-vous est déjà pris pour la prochaine escapade.


 

 

 

Minamoto Kitchaon

44 Piccadily

Londres

http://www.kitchoan.com/

 

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 06:30



L'Eurostar vous crache Gare de Saint Pancras aux alentours de 9 heures du matin, l'estomac dans les chauddures, le pas légèrement chancelant. La faim vous cisaille le ventre et commence de faire vaciller ce qui vous reste de lucidité. Vous voilà d'attaque pour du lourd, du gras, du dégoulinant: ce matin vous ne reculerez devant aucune extravagance.
Dans votre ligne de mire, le petit déjeuner typiquement british criant de vérité et d'exaspération que vous avalerez avec gourmandise et sans scrupule. Plus qu'une nécessité, une évidence. Votre projet dans la demi heure à venir se réduit à un mot: baffrer
Vous trouvez votre bonheur à hauteur de la station de Liverpool Street, à l'angle de Bishopsgate et de la charmante Middlesex Street. Un snack à l'ancienne plein à craquer dont vous attendez sagement qu'il désemplisse. Vous patientez en détaillant l'intérieur dont vous appréciez le charme désuet, les couleurs passées et surtout cette drôle de machine crachotant de la vapeur, rencontre improbable entre le percolateur et le samovar.


Vous poussez au bout de la rue, faîtes un crochet vers l'insignifiant Spitalfields Market et retrouvez la petite adresse aux trois quarts vide, comme s'ils avaient tous fui un grand danger. La vielle femme douce aux cheveux blancs, ses enfants en cuisine, la petite fille piquant les saucisses de la pointe d'une fourchette et le même accueil bêta mais qui ravit secrètement, «Hello my dear», «What can i get you, my dear?» Votre réponse fuse: une assiette complète à 4 Livres, «and make it snappy!», manquez-vous d'ajouter, décidément enthousiaste et vous prenant soudain pour James Cagney dans une production de la Warner.

 

Le thé au lait, les toasts beurrés épais et moelleux, vous vous jetez dessus comme un beau diable en prenant soin de ne pas tout engloutir. L'assiette vous fait maintenant face, frontale, criarde et fière de l'être. Tout va se jouer entre elle et vous. A ce petit jeu, vous êtes indiscutablement le meilleur: vous lui faites un sort avant même de l'avoir commencé. Preuve que vous avez pris votre pied, vous vous sentez l'homme le plus heureux du monde.



Little Corner

Angle Bishopsgate/Middlesex Street
Métro: Liverpool Street
Londres

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 19:09

Connaissant mon goût et ma curiosité insatiable pour la cuisine japonaise, Ayako déplore dans son dernier courrier que je n'ai encore jamais goûté à l'Ochazuke, plat familial très rependu au Japon, rarement proposé au restaurant et dont elle est particulièrement friande parce que léger, simple et rapide.
D'une simplicité enfantine et ne nécessitant aucun effort (un reste de riz fait souvent l'affaire), l'Ochazuke dont les origines sont encore difficiles à cerner mais dont on trouve déjà la trace dans le «Ryori monogatori (Histoire de notre cuisine )», publié sous l'ère Edo, consiste en un bol de riz surmonté de saumon grillé (ou d'anguille), de nori, de graines de sésame, de prune séchée (umeboshi), le tout arrosé de thé vert.


Travaillant jusque tard dans la banlieue de Kyoto, il n'est pas rare qu'Ayako se prépare en vitesse un bol d'Ochazuke une fois de retour dans son petit appartement. Curieusement, l'idée de gouter ce plat me trottait dans la tête depuis quelques semaines. Parce qu' assez déconcertant et visiblement peu apprécié des occidentaux, il n'apparait sur aucune carte de restaurant mais peut être réalisé à la demande pour peu qu'on ait ses habitudes dans tel ou tel établissement.
Plutôt que de me précipiter dans une de mes adresses favorites, je fis preuve de patience et guettais la réouverture de Kilali dont curieusement je crus voir figurer (disons fantasmer) le plat sur la carte placée à l'extérieur de la maison de thé.
Kilali en japonais signifie étincelle et la lumière circule joliment dans ce salon de thé aux larges fenêtres et décor dépouillé, certes nettement moins abandonnement que son voisin Jugetsudo dont la position stratégique au croisement de deux rues lui confère un ensoleillement maximal.
Pour accompagner mon riz au thé vert, je commande un Kachôzan, de la famille des Horyokucha; soit un mélange de Gyokuro et de Macha dont la force de caractère a pour effet de stimuler la dégustation et d'éviter toute redondance.



L'Ochazuke peut nécessiter un temps d'adaptation. Au début, la texture liquide, très «mouillée» du plat, la présence omniprésente du thé vert imbibant chaque grain de riz et qui se boit à la cuillère peut en surprendre voir en rebuter plus d'un. Une fois franchie cette étape, on se laisse emporter par la magie de ce plat qui ne se livre pas immédiatement mais s'insinue en douceur dans le corps.
Comment ne pas penser aux moines zen versant un jour d'hiver le thé chaud sur le riz, ces parfums leur montant aux narines et prolongeant leur quiétude, ce sentiment d'appartenir à l'universel qui est avant tout l'art d'être au monde.
Il y a un peu et beaucoup de cela dans une simple cuillère d'Ochazuke.



 

Kilali

3-5 rue des Quatre Vents

75006 Paris

Tel: 01 43 25 65 64

 

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 08:23


Deux japonaises aux commandes des biligs, autant dire que ce n'est pas banal. Ça tombe bien, la resucée, le réchauffé n'est pas vraiment la tasse de thé de Bertrand Larcher dont Breizh Café -6 mois d'existence- est la 4 ème adresse après Tokyo, Yokohama et Cancale.
A la fois contre pied et antidote à cette galette agonisant au milieu d'une déco rustico bretonne passablement folklorisante comme on en trouve à la louche du côté d'Edgar Quinet, fief historique de la diaspora; notre homme, fort de ses dix années passés au Japon livre ici même, au cœur du Marais, une lecture personnelle chargée d'émotion, éclairant jusqu'à notre modernité.
Pour ma première approche, je reste dans mes petits souliers, bêtement décidé à jouer la carte de la prudence jusqu'à repousser les appels du pied de ces crêpes du jour, par exemple la Douceur d'Asie avec ses fraises mara des bois, sa glace au thé vert et son beurre au yuzu ou bien la Dame Rhubarbe, compote de rhubarbe, fraise mara, glace vanille et caramel au beurre salé. Personne n'est parfait.

Yuzu, thé vert, gingembre, sésame entre autres pour les influences japonaises; pâtes intégralement bio, crème fraiche de ferme, harengs fumés artisanalement, cochon fermier mais encore beurre et fromages de chez Bordier, sans parler de cette carte des cidres et poirés culminant à 18 références dont chacune est précédée d'une note explicative; une lecture attentive de la carte témoigne que Bertrand Larcher vient enfin de faire rentrer la crêpe dans le XXIe siècle, sans roulements de tambour ni virages spectaculaire mais toujours en subtilité et avec un raffinement jubilatoire.
Si le temps d'attente peut paraître un peu long (la pâte est cuite à la minute et non à l'avance comme c'est le cas dans bien des crêperies), les galettes servies par une équipe sourire aux lèvres et d'une extrême gentillesse, forcent le respect. Je tombe immédiatement sous le charme de bretonne aux allures de dentelle.


A première vue, l'ensemble me paraît légèrement trop cuit. Erreur ! En bouche, la texture légèrement croustillante des extrémités combinée à cette résistance à la fois tendre et moelleuse du centre est saisissante. Très aérée, la galette restitue la saveur de chaque ingrédients lesquels se combinent et s'organisent de manière à percuter le palais. L'effet est d'autant plus efficace et durable que la maison ne fait appel au beurre et au sucre qu'avec modération (à l'image de cette froment à la compote maison (4 euros) qui aurait peut-être mérité un filet de jus de citron mais dont le fruit au goût ample et bouleversant dans sa simplicité n'est pas court-circuité ni empesé par des coquetteries). 

Dans la même veine, la Chocolat (4,50) aux copeaux de Valrhona 70%, à peine beurrée à le champ libre pour exprimer sa puissance chocolatée. Soit des crêpes salées ou sucrées très gouteuses généreusement pourvues mais toujours légères, douces pour l'estomac. Preuve que Bertrand Larcher a décidément tout compris.


Question inovation n'est pas en reste puisqu'au trouve également à la carte des «amuse galette» chaudes ou froides servies en «roll», des cochonnailles mais encore l'huitre de Cancale «Tsarkaya». Signalons enfin que la maison dispose d'un coin épicerie très pratique pour faire emplette de produits de premier choix, de la bières d'Armorique, aux fromages et beurres de chez Bordier, en passant par le cidre. Qui s'en plaindra ?


Photo salle, remerciements et copyright Breizh Café.


Breizh Café

109 rue Vieille du Temple

75003 Paris

Tel: 01 42 72 13 77

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