750 grammes
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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 20:01

Soura 1

19 euros la formule déjeuner sans boisson ni dessert, on a connu les coréens plus conciliants. Certes, le cadre n’est point détestable. Lumineux, épuré et débarrassé de ses hôtes hideuses, on ne cachera pas qu’on y sent très à l’aise. Seulement, 19 euros pour des nouilles de patates douces d’une qualité égale à ce que l’on trouve en plus approximatif chez le traiteur chinois, suivies d’un de ces bilimbap interchangeables d’une banalité qui n’étonne plus (une nouvelle fois, la sauce piquante manufacturée boulotte pour le compte des ingrédients), on a du mal à digérer.

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Vous me direz qu’il ne tient qu’à moi de taper dans la carte, de faire preuve de curiosité et donner sa chance pourquoi pas au coquelet mijoté au ginseng, à l’anguille grillée, le barbecue ou le shabushabu, pour peu que je sois accompagné. Je vous avouerai que rien de cela ne me tente, étant immanquablement déçu chaque fois que je m’aventure en dehors des incontournables de la cuisine coréenne, du moins l’interprétation qu’on veut bien nous en donner à Paris et même dans certaines capitales asiatiques (qui s’avère être chaque fois un raccourci décevant, désintéressé, une version caviardée), soit dit en passant, une dérive qui s’applique malheureusement à la quasi totalité des cuisines dites du monde.

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A Paris, cela sent tellement l’assemblable, on devine tellement le cuisinier (à défaut de chef) dégagé de son sujet, de toute ambition que ça en devient pénible. Les plats qui se succèdent aux tables voisines me confortent dans mon jugement. Aucun sentiment, aucune audace ni envie, rien qu’un mimétisme mou.

Certes, le bilimbap se laisse manger, et les kimchi sont irréprochables (comment pourrait-il en être autrement lorsqu’il ne s’agit que de faire sauter un couvercle?). Il n’empêche que c’est chaque fois pour moi une déception. Et de songer sérieusement à un gastronomique qui pourrait me réconcilier ave cette cuisine, à défaut de sauter, définitivement agacé dans le premier avion pour Séoul.

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Soura

7 rue Ernest Cresson

75014 Paris

Tel: 01 45 41 71 55

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 19:39

Charles

Certains jours, mes choix ne brillent pas par leur originalité. Le moins qu’on puisse dire c’est que le steak tartare suivi d’un fondant au chocolat ne rendaient pas vraiment justice à ce grand tableau noir qui affichait une rafale d’entrées et de plats méridionaux dont l’énoncé suffisait à affoler les papilles. En réalité, seule mon entrée (ravioles d’aubergines, concassé de tomates) s’avéra au diapason avec cette offre chantante, enthousiasmante que je me sentais presque tenté de déclamer tout haut, avec l’accent.

C’était au Charles Victor, une adresse fraiche, vivifiante comme un baiser dans le cou, limpide avec ses murs clairs ornés de photographies pas inintéressantes, ses banquettes vitaminées et surtout son service exceptionnel. Une adresse qui surgit au hasard d’une flânerie à l’heure fatidique de 12h30 et dont j’avisais dans la foulée la carte impeccable (rougets, steak de thon, pastilla de volaille…, entrée à 7 euros, plat à 13,50, dessert à 7), et son menu du midi qui ne l’est pas moins (13, 90 ou 19,50 pour le complet). Ce menu justement, auquel j’emboitais le pas, encouragé par le steak tartare à la viande d’Aubrac qui s‘avéra grandiose, parce que préparé au millimètre, couvé de soins et généreusement gratifié de frites succulentes et de salade flanquée d’une légère vinaigrette maison

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En guise de ravioles, on se représentera des raviolis de facture industrielle point detestables et contrebalancés par un excellent concassé de tomates légèrement sucré.

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On ne se renfrognera pas pour autant, vu que la suite du repas s’avère excellent avant de s’achever par un moelleux au chocolat mémorable (une vraie obsession de ma part, ces temps-ci !), expansif comme on l’aime, furieusement cacaoté et qui semble couler de lui-même vers la cuillère toute émotionnée, en petites vagues jouissives et successives.

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On comprend mieux le succès de cette adresse de quartier (également traiteur à ses heures), fréquentée tant par les habitués que les employés de bureaux. Ce jour de beau temps, il y avait foule. Les hommes avaient tombé la veste, les femmes déboutonnaient leur chemisier et la baie vitrée s’effaçait pour laisser la salle filtrer la chaleur et pomper toute la lumière possible au point qu’on aurait juré le soleil en personne planté au milieu de la salle. C’était jour de fête.

 

Charles Victor

8 rue Brezin

75014 Paris

Tel: 01 40 44 55 51

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 11:39

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Vous atteignez la dernière volée de marches du métro et la pluie vous saute à la gorge presque par surprise. Les parapluies font obstacle, les silhouettes empressées vous frôlent, vous bouscule lorsque vous quittez enfin péniblement la bouche de métro pour gagner la rue d’Alesia, secoué, exténué. Votre trajectoire est balbutiante, mal assurée et vous réalisez que vos incursions dans le sud parisien sont chaque fois synonymes de pluie, de bourrasque. Vous vous surprenez à rêver du nord comme de quartiers lovés au soleil, dorés comme une viennoiserie et couvés par une brise bienveillante.

Vous avez entendu parler des Petits Plats comme d’un bistrot sans histoires, gentiment rétro, bavard et doté d’une solide cave à vins. Vous aviez le projet de commander deux de ces «petits plats», entendez demi-portion (pourquoi pas le tendron de veau combiné aux farcis de courgette, 11 et 9 euros, une eau plate merci), seulement l’heure tourne, la faute à cette librairie, à ce fleuriste ou simplement la pluie à laquelle vous tentiez par tous les moyens d’échapper (une église aurait fait l’affaire, c’est dire) et que vous maudissiez secrètement.

Ni les supions grillés, ni la Morteau grillée, encore moins l’ardoise de l’Aubrac (Chateaubriand, entrecôte, pavé, côte, tartare), n’auront vos faveurs. Pressé par le temps, vous ne vous sentez pas l’âme, la disponibilité d’un aventurier. Il est urgent de faire court, d’aller au plus simple, par exemple ce menu du jour à 15 euros, lumineux comme tout et qui s’impose plus qu’il ne se discute.

Plats-2.JPG

Vous vous mettez en jambes avec la salade d’aiguillettes de volaille marinées au citron et vous enchainez avec la piccata de veau à la crème de giroles, tous deux bien dans leur propos et leur intitulé, en plus d’être plutôt délicieux, dressés avec un minimum de soins et servis avec générosité. Le pain est excellent, le service aux petits oignons et l’envie vous vient subitement de vous mettre en retard en commandant ce mi-cuit au chocolat (8 euros) nécessitant 10 minutes d’attente, soit une manière élégante de vous essuyer les pieds sur le temps qui fuit. La vie est trop courte pour passer à côté d'un moelleux, pensez-vous, philosophe.

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Il s’en est passées des choses durant ces 10 longues minutes dans cette cocotte en fonte. Le moelleux s’est développé, il a travaillé, peut être un peu trop. Le centre est fondant, on n’en dira pas tant du reste, bien trop cuit.

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Si le menu du jour, sorte de sonde, d’outil chirurgical destiné à prendre la température du restaurant, n’autorise pas pour autant à porter un jugement définitif sur sa valeur, il n’en reste pas moins un bon indicateur. Parti en éclaireur il vous rapporte le minimum d’informations nécessaires pour vous faire une idée globale de la table et décider si vous reviendrez ou non taper dans la carte. Ce qui ce jour là s’avère bien votre intention.

 

 

Les Petits Plats

39 rue des Plantes

Tel: 01 45 42 50 52

75014 Paris

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 08:05

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Mamie Tevennec c’est un peu comme un restaurant de poissons qu’on apprécierait uniquement pour son entrecôte. Les crêpes y sont simplement passables, quand le reste (salades, charcuteries, fromages, boissons) nous scotche sur notre derrière. Autant dire que le paradoxe est à la hauteur de notre surprise.

On ne se réjoui pas d’éreinter cette charmante adresse ouverte il y a juste un mois qui ose le grand écart entre la Bretagne et la Corse avec comme feuille de route une sélection de produits «name droppés» qui rendent le lieu attachant pour peu qu‘on oublie un instant ces crêpes calamiteuses, effort certes difficilement concevable lorsque l’adresse se trouve être une crêperie.

Pour preuve, cette charcuterie en provenance directe du village de Pietralba qui est simplement à tomber à la renverse: tranchée minute (et non conservée au réfrigérateur comme c’est bien souvent le cas y compris chez des restaurateurs très respectés), elle est pleine de panache et vous saute littéralement dans le bec.

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Les fromages et laitages Bordier ne se présentent plus, qui ont déjà leur place au Panthéon. Les poissons fumés par les bon soins de Safa, le poiré Domfront de la ferme La Géraudais, le vin assuré par Mikael Lemasle de cave Crus et Découvertes, le pain exceptionnel en provenance d’une des plus fameuses boulangeries de Montreuil, tous ces produits que l’on retrouve à la planche, en salade (impressionnante d’authenticité avec ses pousses vertes et ses légumes grillés), voir en sandwiches et disponibles en vente à emporter, pour un peu nous consoleraient du fiasco causé ces crêpes ineptes.

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Pâte bâclée, compacte, sans goût (aucune trace de sel), qu’elle soit salée («à la montagne», tomme, poitrine fumée, confit d’oignon inexistant, 8,50 euros plus supplément œuf) ou sucrée (une catastrophe, sèche, cassante, chocolat maison douteux, 4,30 euros), le naufrage est égal. Constater que les crêpes sont préparées en cuisine, soit à l’abris des regards, rajoute à ce malaise qui nous a saisi dès la première bouchée ou l’on avait cette sensation de rencontrer pire que le néant: le grand rien.

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En réalité, les crêpes de Mamie Tevennec font penser à ces grandes équipes de football composés de joueurs stars mais incapables de la moindre performance. Une configuration qui n’est pas la plus confortable qui soit pour une crêperie qui envisage déjà -aux dires de son patron- de développer l’esprit «Mamie» (plats cuisinés de tradition) et réduire le choix de crêpes à peau de chagrin, ce qui serait faire preuve d'un minimum de bons sens.

 

 

Mamie Tevennec

41 rue Faidherbe

75011 Paris

Tel: 01 44 93 92 42

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 12:19

Gazetta

Il y a quelques jours, on apprenait comment Giovanni Passerini, second de Peter Nilsson à la Gazzetta avait traversé la rue Saint Antoine pour ouvrir à quelques centaines de mètres de là son Rino passionnant en diable. A peine le repas fini, le projet fut évoqué de remonter le courant pour nous en aller voir du côté de cette Gazzetta ancrée dans le prolongement de la rue Trousseau, laquelle une fois franchi l’axe Saint Antoine, fait sa mue et devient la rue de Cotte qui n’est plus tout à fait le même quartier et dégage une toute autre ambiance, explicable en partie à la proximité du marché Aligre. C’est un des charmes de Paris, de n’avoir à parcourir qu’une centaine de mètres pour passer d’un univers à l’autre.

Si la planque de Rino surprenait par ses proportions modestes et brillait par son absence de déco, la Gazzetta impressionne au contraire par son espace généreux, le rutilant de son mobilier et cette atmosphère néo-bistrot poussée jusqu’à sa caricature. Le service est à l’image du lieu: certainement moins décontracté que chez Rino, notablement plus laborieux et maniéré. Les enthousiastes passeront sur ce détail quand les grincheux trahiront des signes d’agacement.

Gazetta 1

Côté cuisine, on reste dans la même fourchette de prix avec le midi ce menu entrée/plat à 16 euros qui s’ouvre sur trois petites entrées et se poursuit non plus avec 2 plats au choix comme chez Rino, mais 4 dont deux avec suppléments, ce qui laisse une confortable marche de manœuvre.

Gazzetta 2

La salve de petites entrées est juste formidable: la soupe de haricots tarbais se boit comme du petit lait, la pizza Bianca/anchois/poivrons/fenouil est rafraichissante, le cœur fumé de bœuf/pommes de terre nouvelles/purée d’avocat, vivifiant et signé de fleurs de ciboulette qui est également l‘un des gimmick de la cuisine de Rino.

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Le maquereau grillé (+2 euros) atteint des sommets d’autant qu’il est escorté d’un joli ensemble de légumes (l’un des points forts de la maison), betteraves brûlées, épinards et thym citron: une précision d‘horloger.

Le dessert (rhubarbes confites, glace de lait réduit au thé fumé) se passe de commentaires, qui devrait à lui seul faire se déplacer les foules.

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Et de quitter les lieux en se disant que tout être normalement constitué habitant dans les parages, devrait avoir son rond de serviette à la Gazzetta.

 

La Gazetta

29 rue de Cotte

75011 Paris

Tel: 01 43 47 47 05

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 11:50

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C’est un peu le bonheur, des adresses comme celle-ci. Un accélérateur de bonne humeur. On n’en demandait pas tant et c’est un peu comme si un bon génie avait pris soin que tout soit irréprochable, qu’il tenait à nous offrir le concentré d’un rêve. Ce bonhomme aurait un nom - Rino - qui n’est autre que Giovanni Passerini, ancien second de Peter Nilsson à la Gazzetta voisine. Un détail qui force le respect.

Le menu unique du midi (2 entrées, 2 plats, 1 dessert), 22 euros avec le dessert, 18 sans, (38/45 le soir) est une bonne raison de ne pas réfléchir à deux fois avant de passer un coup de fil pour bloquer deux couverts, de préférence en bout de salle, en bordure de la cour intérieure.

On ne sera pas ému par la déco minimale plus que minimaliste, qui évite tout superflu d'originalité. La surprise est ailleurs, annoncée sans tremblements ni coups de semonce - une flèche décochée qui fait mouche. On sentait la chose venir, on l’entendait monter, prendre forme dans cette cuisine ouverte improbable qui tiendrait au fond de votre poche.

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C’était ce midi, une soupe de fève, brandade, œufs de truite et choux qui nous laissa sans voix, un peu bêtas. A vous décourager de bricoler des petits plats chez vous, quand bien même vous y mettez les meilleurs sentiments qui soient. Et voilà que nous venions ni plus ni moins de sauter à pieds joints dans l’histoire, dans le grandiose.

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Le mulet noir, purée d’aubergines fumées, pommes de terre, épinards était du même tonneau. Une belle pièce, généreuse, gouteuse, impeccable. Pour un peu, on sent quelques larmes monter. La salade de fraises, crème citron, glace au lait, pistache était une manière de bouquet final, un feu d’artifice de chambre. L’addition affichait bien 44 euros, soient deux menus à 22 euros et il fallait se pincer plutôt deux fois qu’une afin de réaliser que tout cela n’était pas le produit de notre imagination ou de quelque sortilège.

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Rino

46 rue Trousseau

75011 Paris

Tel: 01 48 95 85

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4 juin 2010 5 04 /06 /juin /2010 14:11

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Lors de ma récente escapade japonaise, ma route croisait souvent celle des maisons de thé. Il n’y avait aucun hasard à cela. Jalonner mon parcours de pavillons de thé, en faire un rendez-vous récurent, était l’un des motifs de ce voyage. De longs mois déjà que Le livre du thé d’Okakura Kakuzô était mon livre de chevet dont je pouvais presque citer de mémoire certains passages.

La première de ces maisons de la vacuité qui s’offrit à mon regard était située dans un coin reculé du jardin Koraku-en à Okayama. Curieusement, la somme de textes que j’avais étudié, qui semblaient pourtant m’avoir préparé au dépouillement, à l’austérité aride de l’intérieur comme de l’extérieur de ces pavillons, sembla s’évaporer dès l’instant ou mes yeux se portèrent sur l’humble et très modeste construction de bois et de chaume.

Je restais stupéfait devant l’austérité cette maison qui aurait très bien pu passer inaperçue tant elle se fondait dans la forêt de bambous. Pourtant, dans son étude, Okakura ne souligne-t-il pas que «dans la chambre du thé, la fugacité du vivant se voit suggérée par le toit de chaume, sa fragilité par des piliers élancés, sa légèreté par les poteaux de bambous et son apparente insouciance par l’usage de matériaux ordinaires. Pour ce qui est de l’éternité, elle réside uniquement dans l’esprit qui, dès lors qu’il s’incarne en pareille simplicité, l’éclaire à la lumière subtile de son raffinement.»

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Quelques jours tard, dans le jardin d' Adachi, après avoir fait le tour de la maison de thé Juryu-an qui est une reproduction de celle de Shokin-tei de Katsura-Rikyu située dans la Villa Impériale de Katsura à Kyoto, je pénétrais dans l’une d’entre elle afin d’y faire l’expérience par moi-même de l’extrême simplicité de ces espaces et me confronter aux descriptions très précises qu’en faisait Okakura dans son ouvrage.

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Le dépouillement des pièces, leurs simplicité ornementale me troublèrent moins que celle du bâtiment qui semblait une nouvelle fois flotter dans l’espace, petite chose fragile éphémère, destinée seule à «accueillir une impulsion poétique.» Peut-être étais-je mieux préparé cette fois-ci, à force de m’être tant projeté dans l’une se ces pièces d’une épure totale à l’exception d’une fleur, son vase, une œuvre peinte. Okakura nous le rappelle, «la simplicité dévolue à la chambre de thé, et son absence de toute vulgarité en font un véritable sanctuaire contre les tourments du monde. Là, et là seulement, nous pouvons nous consacrer sans le moindre trouble à l’adoration du beau.»

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Ma route croisa de nombreuses maisons de thé dont la dernière me mena, par le plus grand des hasards jusqu’au temple de Daitokuji, à Kyoto, ou repose le grand maitre Rikyû tant évoqué dans Le livre du thé. Une manière de boucler la boucle.

 

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1 juin 2010 2 01 /06 /juin /2010 15:18

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Il est 9 heures du soir, au comptoir de ce restaurant situé à l’angle de l’Apa Hotel, tout proche de la gare de Kyoto. La salle est pleine, à l’exception de 2 chaises restées inoccupées à ma gauche. Sirotant mon verre de sudachi (agrume de la préfecture de Tokushima, proche du citron vert), je jouis de cette quiétude égoïste sûrement comparable à celle des marins, de l’officier qui vient d’achever son quart, comme si je ne faisais plus partie du monde qui m’entoure. La voix de Nina Simone flotte dans la salle, égale au bourdonnement triste du vent qui se lève. C’est mon dernier soir à Kyoto et y penser me fait un peu l’effet d’un rêve aux retours sombres.

Au moment de passer commande en désignant mollement de l’index et passablement gêné, quelques plats entrevus sur les tables voisines, arrive ce jeune couple qui se laisse tomber sur les chaises restées vacantes.

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Nous ne tardons pas à sympathiser et on dirait qu’avec leur arrivée mon diner va prendre une toute autre dimension, une trajectoire plus inspirée, d’un rafraichissement nouveau. Soudain, la carte qui jusque là n’offrait à mon œil qu’une succession de signes indéchiffrables, gagna en lisibilité, laquelle une fois apprivoisée pare que traduite, commentée, n’a plus de secrets pour moi. Alors, tout s’aplanit, tout s’apaise autour de moi et ce sentiment de bien être, cette impression que la soirée me souriait doucement me traverse au moment même ou débutent les premières notes de Chilly winds don’t blow.

Autour de moi, je ne vois plus que des figures souriantes, empressées à me faire plaisir et me sens entouré d’un parfum de bienveillance, de sympathie.

Le repas est placé sous le signe de la mer et articulé autour de cette pièce maitresse qu’est le kihada maguro kama, soit du thon grillé (espèce albacore, sérieuse victime des restrictions de pêche) et plus précisément la partie située sous la joue, qui fond littéralement sous la langue.

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Un moment déjà que la crainte superstitieuse qui accompagnait certaines de mes commandes décochées au hasard n’est plus qu’un vieux souvenir. Depuis plusieurs voyages, il m’arrive de procéder ainsi et de m’en remettre entièrement aux suggestions du chef, d’amis de passage, d’inconnus avec lesquels je partage une table, un bout de comptoir.

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Dorade, friture, poissons grillés, tout est choisi de main de maître. Je me régale d’une salade d’algues, j’apprécie les manganji, ces piments vert grillés, fins et longs (variété de la région de Kyoto) et recouverts de lamelles de bonite séchée. Les verres d’alcool sont comme des virgules et les sourires une respiration. Le restaurant ferme ses portes lorsque je me décide enfin à quitter ma chaise pour me glisser dans la sonorité tranquille de la nuit.

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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 08:51

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Un matin, on écarte les rideaux pour estimer cette pluie épaisse et grasse qui s’abat sur la ville en longs traits précis et réguliers. On dirait toute la colère accumulée du ciel, une poche qui viendrait de se rompre. Les montagnes sont entourées de grisaille, Kyoto s’est assombrie et le brouillard semble maintenant s’approcher pour s’en emparer. On ne rêve plus que de se mettre à l’abri dans cette longue galerie courant sur 400 mètres ou se tient chaque jour de la semaine le très populaire marché Nishiki.

Nishiki 2

C’est ici, sur un bout de comptoir qu’en fin de matinée on se régale de coquilles Saint-Jacques d’Hokkaido cuites au grill. De l’ouverture de la coquille à sa cuisson, on observe attentivement le protocole, impressionné par le volume de l‘objet, celui de sa chair comme celle des huitres.

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On vide un carafon de sake, on poursuit au vin blanc et dans la foulée on ne refuse pas le sashimi de thon. Il est à peine 10h00 et on a oublié jusqu‘à la pluie. Les journées ne devraient pas commencer autrement.

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 10:32

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Déjeuner d’un plat de spaghetti dans une galerie marchande de la gare de Kyoto peut paraitre incongru, faire sourire, voir hérisser le poile. Certains crieront même à l’hérésie tant l’étendue de la gastronomie du Kansai semble sans limites, parmi l’une des meilleures qui soit.

On aurait tort de railler ou de prendre à la légère une telle démarche, laquelle, certes, peut être interprétée comme un pied de nez, une offense à cette cuisine qu‘il faudrait une existence entière pour faire le tour et comprendre, sentir profondément jusqu'à l‘éprouver dans sa chair.

Seulement, l’expérience du voyage m’a appris à quitter les sentiers balisés, à me présenter là ou je ne suis pas attendu, quitte à aller droit à l’échec.

Ce goût pour les chemins de traverses, les voies incertaines aura été à l’origine de quelques une des plus belles révélations qui soient. Ainsi, sur une plage du Kerala, je dégustais la meilleure mousse au chocolat de mon existence. Pareil pour Taichung, sur la côte occidentale de Taiwan, ou je ne faisais qu’une bouchée du meilleur hamburger jamais goûté. A Shanghai, je me régalais de crêpes à faire pâlir les maisons du quartier de Montparnasse, quand dans la capitale cambodgienne, ce fut au tour d’une famille de me mijoter une bouillabaisse mémorable.

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Aussi sera-t-on à demi surpris d’apprendre que dans les méandres de la gare de Kyoto se cache un restaurant italien proposant un choix unique de pâtes (spaghetti), à vous faire décoller du sol.

Comme les japonais ne sont jamais à court d’idées pour rendre plus agréable et simplifier le quotidien de chacun, on est un peu sur un nuage lorsque nous est annoncé cette formule qui permet d’opter pour deux demi portions de pâtes- rassurant pour les indécis comme moi qui sont souvent incapables de trancher. De même, si on se sent un gros appétit, rien ne nous empêche de commander un plat de pâtes qu’on fait suivre d’une demi portion au choix.

Toujours dans cet esprit qui se veut à la fois ludique et amusant, on trouve plutôt sympathique l’idée de troquer l’inévitable fourchette pour des baguettes. Très vite, on se demande même comment diable on a pu faire pour toutes ces années durant apprécier les pâtes sans l’aide de ces béquilles!

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Installé au comptoir avec vue directe sur la cuisine ou donnent de la voie poêles et casseroles, je suis pour le moins soufflé lorsque je vois débarquer le premier plat que sont les spaghetti vongole bianco pleines de vivacité, d’envie, un brin explosives. L’ail, les fines herbes, l’huile d’olive et un piment pour corser l‘affaire, rien ne manque, et avec ça les pâtes brillent de désir (le brillant des pâtes, fondamental selon Eric Briffard, un soir qu’il se confiait à moi) et en bouche provoquent des ravages. Suivent les spaghetti aux crevettes, chair de crabe et lamelles de veau, captés dans une sauce à la crème...Desarmant...

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Inutile de préciser que ces pâtes valent largement celles dégustées en Italie et n’ont pas à rougir au vu de ce qui est proposé à Paris. C’est l’un des avantages du voyage, de débusquer des perles rares dans les lieux les plus imprévisibles.

 

 

Goemon

Centre commercial Porta, situé sous la gare de Kyoto.

 

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