750 grammes
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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 08:13

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A croire que c’est une habitude, une manière de rituel, cette façon systématique et curieusement non préméditée de débuter mes séjours à l’étranger au cœur du quartier bengali, et plus précisément autour d’un chaï. Il fallait bien qu’une petite voix me chuchote à l’oreille le chemin, qu’un radar guide méticuleusement mes pas pour me faire déboucher ce soir là sur la ruelle Gueraniou sans avoir parcouru plus de 500m depuis mon hôtel. J’ai peut-être appris, à force de marches passionnées et amoureuses, à me diriger d’instinct vers les marchés et les quartiers multiethniques, qui sont les véritables poumons, le ciment de la ville et dont certains comme celui-ci réservent d’étonnantes surprises - de vrais petits commerces que l’on ne trouve pas ailleurs en Europe, des marchands ambulants absents d’autres capitales européennes comme Paris ou Londres, une ambiance au plus près de la réalité bengalaise, indienne ou pakistanaise puisque je n’y ai croisé ni touriste ni grec de souche.

Il n’y avait qu’à se laisser couler sur une chaise et feindre de regarder l’écran de télévision qui retransmettait ce soir là un match de cricket de première importance puisqu’il s’agissait du Pakistan affrontant l’Afrique du Sud, soit une montagne d’ennui en perspective pour le profane que je suis.

Dhaka 2

Restaient pour me divertir, l’anglais très approximatif de mon voisin s’employant tant bien que mal à m’expliquer les règles de ce jeu d’un ennui sans égal (à par peut-être le base ball) et les visites toujours touchantes et drôles de la petite fille du patron.

Lorsque je quittais la salle plongée dans le grand silence, la petite rue n’avait rien perdu de son animation. Ca coiffait, ça rasait, ça relevait des marmites des louches pleines de mets parfumés, ça chauffait sur le trottoir des plats légers et, divine surprise, je vis même un marchand servir ce snack qui avait illuminé mes soirées dans le sud de l’Inde, tout au bout, face au Sri Lanka, qui est du riz soufflé mélangé dans un récipient à même la main à des cacahuètes, des herbes, des épices, de la tomate et d’autres choses encore qui rendaient cette spécialité succulente. Inutile de dire que mon séjour ne pouvait pas mieux commencer.

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Dhaka Palace

Rue Gueraniou

Athènes

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 23:17

Lai 1

L’automne est venu après une longue attente, qui s’est préparé comme en cachette de l’été. Les feuilles sont rentrées dans les arbres et des nuages tout blancs passent au dessus de nos têtes. Quelquefois, je leur préfère les avions, et les sillons qu’ils laissent dans le ciel. J’envie déjà ce bonheur qu’ont les arbres, au sortir de l’hiver, de sentir la sève remonter. En attendant, j’aime me réfugier dans les cantines japonaises ou les saisons ne semblent plus avoir de prises. Par exemple, dans cette grande salle d’aspect austère, c’est toutes les saisons à la fois, tous les jours en un. On n’y est plus esclave du temps; on l’a comme jeté par-dessus son épaule.

Une jolie serveuse en gris, collants bleu foncés. Pas grande mais pas petite non plus. Elle passe avec des grands yeux noirs brillants, déterminée à épuiser le chaud plaisir de la vie. Par mes grands yeux ouverts, cette merveille pénètre mais ne se fixe pas. Elle est en grande conversation avec une collègue à la tête petite, le nez un peu relevé du bout, avise les guyoza les dépose sur ma table, agit pareillement avec la soupe au bœuf épicé, pimentée en diable et c’est à peu près tout jusqu’à l’arrivée de Bertrand Tavernier auquel elle offre son plus beau sourire pendant que je l’associe dans mes pensées à ce printemps regretté, aux feuilles fraiches dépliées, aux bourgeons ouverts des grands marronniers.

C’est le chef Eric Briffard, qui m’avait un soir soufflé l’adresse. «En face de la caserne de pompiers, tu ne peux le manquer. C’est la seule adresse valable de la rue Sainte-Anne, excepté Bizan. J‘y ai mes habitudes depuis longtemps.» Lai 2

 

Lai 3

 

 

Lai lai ken

7 rue Sainte-Anne

75001 Paris

Tel: 01 40 15 96 90

 

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5 novembre 2010 5 05 /11 /novembre /2010 09:45

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On est toujours quelques pas sous la chaussée, après avoir descendu une volée de marches. Mêmes zinc farci de blanc-cassis, de Pernod ou de Bourgogne Aligoté; mêmes tables serrées, tableaux noirs et murs jaunis. L’ambiance n’a pas changé: décontractée, laborieuse (proximité du ministère) un brin gouailleuse, c’est un réséda de troquet des Halles Baltard façon années 50, Jean Gabin en vedette, monceaux de choux et diables en embuscades, mais délocalisé entre Bercy et le Cour Saint Emilion.

On croirait retrouver ce Bihan Café qu’on a longtemps fréquenté pour sa cuisine canaille et ce n’est que le Cartouche Café repris par l’emblématique Rodolphe Paquin du Repaire Cartouche, doux euphémisme qui dévoile un bistrot gourmand à la cuisine bistrotière énergique, efficace et sûre d‘elle.

Les petits bras passeront leur chemin - Cartouche Café prolonge les prédispositions du Repaire pour les volailles comme les gibiers, si bien qu’on s’y régale haut et fort de tête de cochon croustillante, d’épaule de lièvre au vin rouge, de pigeon ramier, de côte de bœuf pour deux gargantuesque.

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Le midi, le menu est à 17 euros. On s’en réjouit, d’autant qu’il est impeccable et offre un condensé de l’esprit Cartouche. D’accord, les œufs cocottes souffrent d’une erreur d’appréciation du chef. Ils ont trop cuit mais la crème de trompettes de la mort sauve le plat. A saucer avec le pain de campagne, c’est un régal. On sera indulgent avec le cuisinier, seul aux commandes face à une salle pleine comme un œuf.

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Le farci de grouse aux choux verts mérite les éloges. Parfumé, aux saveurs très prononcées, puissant en bouche, il faut prendre tout son temps pour le savourer à sa juste mesure et se laisser surprendre par chaque saveur cachée dans les plis du farci.

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Le riz au lait avec sa cuillère d’abricots n’affolera pas les foules (trop liquide à mon gout, pas assez ramassé et sans ressorts) mais ne mérite pas non plus les foudres de la critique. Dans l’ensemble, pour 17 euros, le menu fait bonne figure et tient bien la route, ce qui est visiblement également le cas des plats à la carte, très aboutis à en croire les assiettes qui passent sous mon nez. Une excellente cantine, si l’on veut.

Cartouche 5 

 

 

Cartouche Café

4 rue de Bercy

75012 Paris

Tel: 01 40 19 09 95

 

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 09:37

372 1Retour chez Aurélien, Costya et Yi Lin dans leur très attachant 37m2 de la rue Rodier pour un volet salé tout aussi réjouissant que leur bubble tea de grande classe largement commenté dans ces colonnes et qui n’en finit plus de faire parler de lui.

En cette fin d’après midi, il n’y a pas grand monde, c’est-à-dire personne, qui n’est pas le pire moment pour bavarder avec les intéressés et passer une nouvelle fois en revue ces réjouissances typiquement taïwanaises qui peuvent manquer (ou non) aux expatriés, par exemple ces hamburgers légèrement sucrés flanqués d’une omelette cuisinés exclusivement en matinée, que l’on trouve aux quatre coins de la ville et qui font le bonheur des employés de bureau, des fêtards et des ambianceurs de Taipei. Cuit sur une grande plaque chauffante, le hamburger est glissé dans une petite poche en plastique pour qui souhaite l’emporter avec lui et habituellement accompagné d’un café ou d’un bubble tea, généralement de piètre qualité (lait en poudre, colorants, exhausteurs de gouts) mais néanmoins buvable (la chimie fait le reste).

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La journée est bien avancée et malgré que la cuisine soit en train de souffler jusqu’au diner, Costya a la gentillesse de me préparer en un tour de main une somptueuse assiette qui n’est autre qu’un des classiques de la maison, soit les fameuses gambas enrobées de cheveux d’ange sauce salé sucré (16 euros) qui croustillent et percutent diaboliquement en bouche. C’est à se damner, d’autant plus qu’à ma grande surprise les gambas ne sont viennent pas seules mais accompagnées - délicate attention- d’un mijoté de porc aux épices (un incontournable taïwanais) tout juste succulent; la cuillère de légumes marinés au sel et au vinaigre de riz veillant scrupuleusement à apporter une touche rafraichissante à ce festin.

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C’est sans surprise que l’appétit vient à me manquer au moment de commander par pur gourmandise le fameux Chocolat Carambar de Yi Lin (6 euros) qui est un fondant au chocolat sur un lit de praliné croustillant parcouru de part en part par un filet de Carambar fondu, le tout composant un trésor gustatif, un moment précieux, à part, comme tout ce qui touche à 37m2 et sa délicieuse équipe.

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37m2

66-68 rue Rodier

75009 Paris

Tel: 01 48 78 03 20

 

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31 octobre 2010 7 31 /10 /octobre /2010 17:00

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Patrick Roger célébrait hier les dix ans de son titre de meilleur ouvrier de France. Pour l’occasion il rééditait sa création qui le 29 octobre 2000 avait conquis le jury et assuré sa consécration.

Dix années ont passé et l’artisan chocolatier élevé au rang de maitre est devenu une personnalité incontournable du monde du chocolat à la fois trop passionné et bouillonnant d’idées pour se reposer sur ses lauriers et se contenter de gérer sa carrière sans y injecter une peu de cette folie et de cette impertinence qui le caractérise. Aussi, le retrouve-t-on là ou on s’y attend le moins, par exemple en producteur de miel avec la complicité de l’apiculteur Nicolas Géant, les deux passionnés ayant installé depuis octobre 2009 dix ruches dans le potager et sur le toit de sa chocolaterie établie à Sceaux, une première récolte de miel étant prévue pour juillet prochain, laquelle sera principalement utilisée dans les productions de Patrick Roger, dont certaines créations comme «Miel» (ganaches au miel relevées d’une pointe de miel pur) sont déjà familières de cette association.

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Yumiko, comme à son habitude au fait de la moindre actualité, avait eu vent de cet évènement et nous emmena à la boutique du Boulevard Saint Germain acquérir cette création que nous nous empressâmes de rapatrier à la maison pour la déguster autour d’un genmaicha préparé par mes soins, fruit d’un assemblage de riz grillé de la région rapporté de la région d’Aso et de thé vert de Shizuoka.

Une belle pièce fragile, que cette ganache de chocolat noir et citron vert du Brésil parsemée de pommes poêlée, déglacées au miel et sertie d’un dôme de nougatine pareil à de la dentelle mais trop fruitée pour me séduire, ma préférence allant à des saveurs moins promptes à se chevaucher, d‘une lecture plus simplifiée, plus rustiques, plus brutes et chocolatées, ou les ingrédients inter réagissent sans qu’on perde le fil du propos et dont l’Arabella de Pierre Hermé actuellement mise au repos forcé au moins jusqu‘au printemps prochain, restera pour longtemps encore la création chocolatée de référence, le chef d’œuvre indétronable qui a sa place au Panthéon de la gastronomie.

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Patrick Roger

108 bd Saint Germain

75006 Paris

Tel: 01 43 29 38 42

 

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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 23:41

Presto 1

On ne dirait pas comme ça, avec ces murs jaunes provençal, ces cuistots pakistanais, son four électrique, son patron aussi italien que je suis népalais et pour couronner le tout, ces enceintes qui vomissent une énième compilation d’Eros Ramazzotti, oui, on ne dirait pas au premier coup d’œil que cette trattoria excelle à cuisiner des pizzas bluffantes de fraicheur, garnies de produits authentiques et effroyablement savoureux. Sans compter que le produit star de la maison, la mozzarella est une délicieuse épreuve pour les nerfs puisqu’on la trouve sous plusieurs formes - fior de latte, di buffala, burrata, affumacato

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Ce qui nous a mis la puce à l’oreille, c’est cette vitrine longue et garnie d’antipasti frais, de pâtes fraiches maison - notamment des raviolis fourrés, des gnocchis dans toute leur splendeur - mais surtout ce trésor blanc qui n’attendait qu’un signe de notre part pour s’échapper et faire la culbute sur une pate à pizza.

Le patron sait vous conseiller, vous faire oublier la carte interminable qui est un vrai casse tête. Vous le questionnez, il vous explique que la maison n’est ni plus ni moins qu’un des maillons d’une coopérative aux ramifications qui s’étendent à toute l’Italie. Autant dire qu’ici on plaisante pas avec le produit: archi frais, irréprochable, tenu de livrer le meilleur de lui-même.

Il vous conseille, aussi. La belle salade d’antipasti c’est bien mais la burrata dont l’approvisionnement est irrégulier c’est encore mieux. Va pour la burrata lovée sur un lit de roquette. Coutumier de ce blog, on devine la suite: la pointe de la fourchette et du couteau qui s’enfoncent dans les profondeurs de la boule blanche, la crème qui jaillit de son cocon…

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Nouveau conseil: «Vous raffolez de la mozza di buffala, essayez-donc la mozza affumacato (fumée), vous n’aurez qu’à partager la pizza tomates cerise et buffala.» Hésiter serait criminel. Il est des propositions qui ne se refusent pas et nous sommes loin, très loin de regretter notre choix lorsque apparaissent sur la table les deux pizzas royalement garnies de ce fameux or blanc que je goutte pour la première fois fumé.

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C’est délicieux et c’est d’autant délectable que j’alterne ma dégustation avec la buffala au naturel, douce, laiteuse et fondante, en plus d‘être abondante, ce qui n‘est pas banal.

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Si la purée de tomates et les légumes qui chaperonnent le fromage sont au meilleur de leur forme, en revanche la pâte est indiscutablement le maillon faible de cette belle entreprise parce que trop cuite, pas assez aérée, éteinte. Une faiblesse qui en d’autres circonstances aurait refroidi nos ardeurs, seulement, en plus de nous régaler, nous avions dans les oreilles et déjà sur le bout des lèvres, ce projet diabolique du patron qui planche depuis 8 mois sur une mozzarella di buffala garnie en son centre de truffe… De quoi avoir la raison qui vacille…

 

 

Presto Fresco

14 rue Montmartre

75001 Paris

Tel: 01 40 26 83 94

 

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 22:55

Bal 1Le Bal Café, c’est l’espace restauration du nouveau lieu parisien d’exposition consacré à l’image documentaire. On est passage de la Défense, derrière la Place Clichy, au bout d’un chemin pavé bordé à sa gauche par un jardin souriant qu’encadrent une poignée d’immeubles et de maisons basses. Hormis le gazouillement des oiseaux, c’est le grand silence. On dirait que Paris a coupé le son.

Le restaurant-café ouvert sur le jardin est bien séduisant avec son sol en béton ciré, ses tables en formica, son comptoir avenant et ses petites étagères abritant une épicerie lilliputienne qui compte parmi ses hôtes les incontournables sauces Marmite et Piccalilli. No comment.

Bal 2

Côté cuisine, la carte bat pavillon anglais mais sans exagération. On se laisse conter que les deux cuisinières franco britanniques ont fricoté avec Rose Bakery. Ce jour là, la carte trainait un peu du pied, fonctionnait au ralenti et n’offrait rien de fascinant. Cœurs de canard sur toast, gigot d’agneau avec anchois et mâche, lapin aux endives; un peu juste tout ça.

Bal 3

L’assiette reflétait logiquement cette vacuité, offrant une cuisine abrupte simplifiée à son possible, à l’exemple de ma courge kabocha rôtie (8,50 euros) et de la caille avec son chutney (9,50 euros) tous deux à peine travaillés, proposés tels qu‘ils se présentent, et de l’autre. Cette cuisine rachitique d’une grande austérité, comme figée dans sa solitude, restitue cela dit au mieux les saveurs de ses produits mais reste trop distante, pas assez généreuse pour me séduire.

Bal 4

Il reste que les desserts valent à eux seuls le détour, (le cheese cake est un monument) et qu’ajouté au Cinéma des Cinéastes, à l’Européen et à la Librairie de Paris, Le Bal complète une belle offre culturelle et participe de faire de la place Clichy, fraichement astiquée, toilettée et réaménagée à grands frais, un joli pôle culturel.

Bal 5 

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Le Bal Café

6 impasse de la Défense

75018 Paris

Tel: 01 44 70 75 51

Site: le-bal.fr

 

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 13:54

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Yumiko a décidemment le chic pour débusquer les adresses d‘exception. Elle est de ces jeunes femmes qu’on suivrait les yeux fermés.

Avec Chez Michel, fameux bistrot aux accents breton piloté par Thierry Breton, nous voilà embarqués dans une nouvelle expérience gustative pleine de surprises, de fraicheur et d‘inventivité.

On est derrière l’église Saint Vincent de Paul, superbe, massive mais qui semble bien seule, comme tenue à distance respectueuse des gares du Nord et de l’Est. L’église tourne précisément le dos au restaurant. On prend ça comme un compliment.

Voilà le bistrot aux allures d’auberge de préfecture, aux couleurs délavées par le temps, soutenu par des poutres apparentes. On s’y sent bien avant même d’en avoir franchi le seuil. Allez comprendre.

Thierry Breton, passé par d’illustres adresses comme Lapérouse, l’Elysée, le Royal Monceau ou le Crillon, fait le va et vient entre la cuisine et la salle, toujours souriant et disponible. On attire son attention d’un signe de la main, il nous éclaire en un rien de temps: vif, précis, toujours au but. Franchement, le bonhomme nous plait.

Le menu du soir à 32 euros est hautement recommandable, ce qui n’empêche pas de loucher goulument sur l’ardoise sur laquelle sont massés entrées plats et desserts en suppléments d’une belle envergure (palombe rôtie, colvert rôti, civet de lièvre, lièvre à la royale, poule paysanne en cocotte, St Pierre…) quoique les euros supplémentaires dont il faille s’acquitter puissent provoquer de sérieux grincements de dents.

Alors qu’on attaque le pain Poujeran avec du beurre salé Bordier, on se dit avec Yumiko, que le menu à 32, tel qu’il se présente, est un bon moyen de prendre la température du lieu et à regarder les assiettes assez impressionnantes qui quittent la cuisine, on se dit qu’il y a comme du régal dans l’air.

Si Yumiko prend beaucoup de plaisir à déguster son saumon mariné, ma soupe de poisson émulsionnée à l’huile d’olive prend le temps de se dévoiler et ménage ses effets. Elle avance à pas feutrés et fait monter crescendo l’excitation. C’est d’abord une assiette creuse au fond de laquelle sont déposés de larges copeaux de parmesan, de la ciboulette et des croutons de sarrasin.

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Arrive la serveuse, japonaise (ravissement d‘entendre les deux filles converser en japonais), avec un pot à anse, qui verse avec précaution la soupe qu’elle fait couler sur le bord intérieur de l’assiette légèrement inclinée. Le liquide fumant, odorant, gagne enfin le centre et recouvre son contenu pour ne laisser émerger qu’une poignée de copeaux. L’effet est souhaité et non une simple coïncidence. Quand au pot, ce dernier est laissé sur la table, qui est, on l’aura compris, une invitation à se faire plaisir.

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Le plaisir, justement, qui est de chaque instant, de chaque cuillère portée à mes lèvres. On le devine rien qu’à la texture et la couleur de la soupe, intenses, concentrées ou le goût du poisson est extrêmement présent, autant par la puissance de ses arômes que la densité de sa texture. C’est une claque à laquelle le parmesan et les croutons de sarrasin ne sont pas étrangers (des petits détails négligés par la plupart des chefs que d’autres exploitent ou contournent subtilement). Yumiko est également de mon avis: cette soupe de poisson n’est pas loin d’être exceptionnelle.

Le diner se poursuit avec la brandade de morue pour Yumiko (trop salée à son goût) et pour moi le kig ha farz du père breton, soit un pot au feu servi dans une cocotte Staub qui ne laisse rien présager de toutes les réjouissances qui s’y cachent (une nouvelle fois le mystère reste entier).

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Il s’agit de s’armer d’une cuillère et d’une fourchette pour extraire de leur nid douillet joue de veau, saucisse de Morteau, plat de côte, lard fumé et les déposer au fond de son assiette. On n’oublie pas les légumes ainsi que cette tranche délicieuse de pain de sarrasin aux raisins secs qui a bu le bouillon et concentre en elle toutes les saveurs de cet excellent pot au feu forcément appréciable et réjouissant en ces nuits frigorifiques.

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Le meilleur reste encore à venir avec ce riz au lait (quenelle au chocolat pour Yumiko) dont de mémoire, je n’ai jamais mangé d’aussi excellent («tes yeux qui brillent en disent autant que des mots», me lance Yumiko, rieuse.) Il est vrai que ce riz au lait impressionne par sa légèreté, sa texture aérée et son onctuosité en bouche qui tient, comme me l’apprend Thierry Breton, a ce qu’il a longtemps été battu avec de la crème fouettée.

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On prélève soit même la quantité souhaitée dans un grand bol laissé à disposition sur la table, un exercice que nos voisins de table reproduise avec l’impressionnant plateau de fromage flanqué de son beurre Bordier, de son pain aux raisins et de son miel. On n’est pas qu’un peu impressionné - pour tout dire on jubile.

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Chez Michel

10 rue de Belzunce

75010 Paris

Tel: 01 44 53 06 20

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 09:12

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Dans mon imaginaire, le nom de Jean-Paul Hévin reste toujours associé à celui de Zelda, cet escarpin en chocolat inspiré d’un Stiletto à la cambrure étourdissante (son talon aiguille chatouille les 10 cm de hauteur), un concentré de 72% de cacao qui est l’objet de convoitise et de ravissement de plus d’un fétichiste du pied (35 pied droit, en ce qui concerne Zelda.)

Loin de réduire le grand chocolatier Jean-Paul Hévin à ses créations épisodiques dont certaines sont fantasques voir discutables (bolide de compétition, Ray Ban, à quand la Rolex?), il n’est pas négligeable de signaler le réaménagement du premier étage de sa boutique de la rue Saint Honoré en espace voué à la dégustation - plats légers, boissons chocolatées et pâtisseries.

Déco classique, reposante et déclinant plusieurs gammes colorées de la couleur chocolat; le service, aux trois quart japonais est charmant, professionnel et porte à ravir le noir.

La carte déclinée par tranches horaires qui tient plus du jeu, de la suggestion que de la contrainte, propose ainsi sur les coups de midi d’oser un chocolat chaud aux huitres, à 14 h un chocolat chaud au coulis de framboise, à 17 h de déguster le breuvage avec du Matcha (expérience décevante tentée autrefois chez Toraya).

Enthousiasmé à l’idée de me régaler du chocolat chaud pimenté mais sans banane (15 h sur la carte), qui ravive en moi de jolis souvenirs de l’été dernier - cette virée dans le pays basque espagnol qui s’est achevée côté français à Espelette - je tombe de haut lorsqu’on m’apprend qu’un coulis prêt à l’emploi en cuisine est incorporé au chocolat préparé à la minute et qu’il n’est donc pas envisageable d’isoler la banane du piment.

Déçu, voir agacé, je joue ma dernière carte en suggérant de râper du piment dans le breuvage, initiative rejetée mollement d’un signe de la tête. Autant demander la lune.

Hévin 2

Plutôt que de m’attarder sur ces contrariétés désarmantes de bêtise, je passe commande de la pâtisserie qui logeait dans mon esprit depuis que je l’avais repérée au rez de chaussée, au garde à vous dans la grande vitrine - le Tonka (5, 30 euros), mousse au chocolat noir du Venezuela, biscuit aux fèves de cacao, crémeux aux fèves Tonka, croustillant praliné que j’accompagne d’un chocolat chaud classique, annoncé comme léger (ce qu’il est en effet) et épicé (ce qui est loin d’être le cas). Je me console avec le Tonka dont j’aime particulièrement l’épaisseur croustillante, les saveurs légèrement musquées de cette fève qui s’arrache à 200 euros le kilo au Bon Marché, envisageant déjà lors d’une prochaine visite d’opter pour un chocolat chaud plus racé, avec plus de mordant, ce qui est le cas grands crus, par exemple ceux de Colombie et d’Equateur.

 

 

Jean-Paul Hévin

231 rue Saint-Honoré

75001 Paris

Tel: 01 55 35 35 96

 

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 08:30

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Les gens qui détestent comme moi les films de Jacques Tati auraient tort d’ignorer cette nouvelle adresse pour la seule raison qu’elle empreinte au célèbre réalisateur le titre d’une de ses œuvres majeures. Si le cinéaste excellait dans l’art de jeter sur le monde un regard neuf et acide et rendait brillement compte à l’image de la standardisation du monde moderne et de ce que celui-ci pouvait avoir de burlesque, la cuisine de Viveka Sandklef et Jean-Michel Rassinoux, le couple franco-suédois qui avait affolé Bagnolet avec leur Indigo Square, crée à son tour l’évènement autour d’une carte lumineuse, pleine d’envie et d’optimisme, colorée et baignée dans le jus de la vie, qui est pour tout dire le soleil de cette rentrée.

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S’il existe une adresse capable de rendre heureux, de vous faire oublier une journée d’octobre grisâtre et pluvieuse, sitôt que vous franchissez le seuil du restaurant, c’est bien Playtime. Cela tient d’abord à sa déco vintage réalisée entièrement de la main de Viveka Sandklef, laquelle impressionne par sa maitrise, son souci du détail et son perfectionnisme qui en plus de l’avoir amené à multiplier les démarches pour acquérir l’objet convoité, lui aura fait franchir un océan pour aller dénicher en Californie la seule société fabriquant ces chaises colorées qui donnent son identité au restaurant, au même titre que les luminaires «Spiderman», semblables à de longs bras articulés.

L’air de rien, Viveka a accompli de véritables prouesses pour restituer une ambiance des années 50 et 60 élégante, feutrée, effleurée par la modernité. Aussi, on ne s’étonne qu’à moitié lorsque Viveka nous apprend qu’elle fabrique ses propres pigments, ceux-là même ayant servi à cette peinture gris souris qui recouvre les murs, sans compter qu‘elle reçoit fréquemment des propositions de clients souhaitant bénéficier de ses talents de décoratrice d’intérieure afin de réaménager leur domicile. Mais, comme dira Viveka en guise de conclusion, ce qui se passe là bas en cuisine est tout aussi important, sinon plus.

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A peine disparue (il en va de l’apparition de Viveka comme des fées dans les contes) et comme s’accrochait encore dans ma mémoire le dernier sourire que voulut bien semer son charmant visage, l’entrée faisait son apparition sur la table, qui était une petite pizza aux tomates séchées, roquette, crevettes grillées comme on peut réaliser sans peine à la maison ou mieux, à la campagne dans un four à pain, sauf que celle-ci était autrement exceptionnelle avec son concassé de tomates légèrement sucré, ses grains de poivre frais, ses touches de fromage frais qui donnaient à cette entrée de l’ampleur ainsi qu’une vivacité tant en terme de couleurs que de goût.

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Lui aussi tourné vers la lumière, vers le vivant et aussi le voyage (les références asiatiques ponctuent les créations, tout en finesse et discrétion), le filet de bonite en croute de noisettes avec son coulis de betteraves jaunes à la cardamone et son risotto croustillant à l’estragon tape dans le mille et mérite tous les éloges. Fidèle à l’intitulé, le plat est une merveille de précision ou chaque détail dont la présence n’est pas fortuite à son importance et joue à fond le rôle qui lui est attribué - une ambition qu’on retrouve dans les parti pris décoratifs du restaurant. En bouche, c’est un va et vient de saveurs toutes aussi imprévisibles et surprenantes les unes que les autres, un régal de chaque instant ou chaque bouchée s‘illumine d‘un rayon intérieur, de quoi rester ébloui, extatique et stupide.

Avec ça, l’entrée et le plat ne reviennent qu’à 18 euros et le menu complet à 22 euros. Autant dire qu’on fait déjà parti des habitués.

 

 

Playtime

5 rue des Petits Hôtels

75010 Paris

Tel: 01 44 79 03 98

 

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