Connaissant mon goût et ma curiosité insatiable pour la cuisine japonaise,
Ayako déplore dans son dernier courrier que je n'ai encore jamais goûté à l'Ochazuke, plat familial très rependu au Japon, rarement proposé au restaurant et dont elle est particulièrement friande
parce que léger, simple et rapide.
D'une simplicité enfantine et ne nécessitant aucun effort (un reste de riz
fait souvent l'affaire), l'Ochazuke dont les origines sont encore difficiles à cerner mais dont on trouve déjà la trace dans le «Ryori monogatori (Histoire de notre cuisine )», publié sous l'ère
Edo, consiste en un bol de riz surmonté de saumon grillé (ou d'anguille), de nori, de graines de sésame, de prune séchée (umeboshi), le tout arrosé de thé vert.
Travaillant jusque tard dans la banlieue de Kyoto, il n'est pas rare qu'Ayako se prépare en vitesse un bol d'Ochazuke une fois de retour dans son petit appartement. Curieusement, l'idée de gouter ce plat me trottait dans la tête depuis quelques semaines. Parce qu' assez déconcertant et
visiblement peu apprécié des occidentaux, il n'apparait sur aucune carte de restaurant mais peut être réalisé à la demande pour peu qu'on ait ses habitudes dans tel ou tel
établissement.
Plutôt que de me précipiter dans une de mes adresses favorites, je fis preuve
de patience et guettais la réouverture de Kilali dont curieusement je crus voir figurer (disons fantasmer) le plat sur la carte placée à l'extérieur de la maison de thé.
Kilali en japonais signifie étincelle et la lumière circule joliment dans ce salon de thé aux larges fenêtres
et décor dépouillé, certes nettement moins abandonnement que son voisin Jugetsudo dont la position stratégique au croisement de deux rues lui confère un ensoleillement maximal.
Pour accompagner mon riz au thé vert, je commande un Kachôzan, de la famille des Horyokucha; soit un mélange
de Gyokuro et de Macha dont la force de caractère a pour effet de stimuler la dégustation et d'éviter toute redondance.
L'Ochazuke peut nécessiter un temps d'adaptation. Au début, la texture liquide, très «mouillée» du plat, la présence omniprésente du thé vert imbibant chaque grain de riz et qui se boit à la
cuillère peut en surprendre voir en rebuter plus d'un. Une fois franchie cette étape, on se laisse emporter par la magie de ce plat qui ne se livre pas immédiatement mais s'insinue en
douceur dans le corps.
Comment ne pas penser aux moines zen versant un jour d'hiver le thé chaud sur le riz, ces parfums leur montant aux narines et prolongeant leur quiétude, ce sentiment d'appartenir à l'universel
qui est avant tout l'art d'être au monde.
Il y a un peu et beaucoup de cela dans une simple cuillère d'Ochazuke.
Kilali
3-5 rue des Quatre Vents
75006 Paris
Tel: 01 43 25 65 64
Le Pré Verre (Cuisine et vins d'auteurs), 8 rue Thénard, Paris 5è
Asian Wok (cuisine Thai avec un zeste de fusion), 63 rue Oberkampf, Paris 11è
El Mansour (Le couscous Marocain de la capitale sinon de l'héxagone), 7 rue de la Trémoille, Paris 8è