Jeudi 17 septembre 2009

Connaissant mon goût et ma curiosité insatiable pour la cuisine japonaise, Ayako déplore dans son dernier courrier que je n'ai encore jamais goûté à l'Ochazuke, plat familial très rependu au Japon, rarement proposé au restaurant et dont elle est particulièrement friande parce que léger, simple et rapide.
D'une simplicité enfantine et ne nécessitant aucun effort (un reste de riz fait souvent l'affaire), l'Ochazuke dont les origines sont encore difficiles à cerner mais dont on trouve déjà la trace dans le «Ryori monogatori (Histoire de notre cuisine )», publié sous l'ère Edo, consiste en un bol de riz surmonté de saumon grillé (ou d'anguille), de nori, de graines de sésame, de prune séchée (umeboshi), le tout arrosé de thé vert.


Travaillant jusque tard dans la banlieue de Kyoto, il n'est pas rare qu'Ayako se prépare en vitesse un bol d'Ochazuke une fois de retour dans son petit appartement. Curieusement, l'idée de gouter ce plat me trottait dans la tête depuis quelques semaines. Parce qu' assez déconcertant et visiblement peu apprécié des occidentaux, il n'apparait sur aucune carte de restaurant mais peut être réalisé à la demande pour peu qu'on ait ses habitudes dans tel ou tel établissement.
Plutôt que de me précipiter dans une de mes adresses favorites, je fis preuve de patience et guettais la réouverture de Kilali dont curieusement je crus voir figurer (disons fantasmer) le plat sur la carte placée à l'extérieur de la maison de thé.
Kilali en japonais signifie étincelle et la lumière circule joliment dans ce salon de thé aux larges fenêtres et décor dépouillé, certes nettement moins abandonnement que son voisin Jugetsudo dont la position stratégique au croisement de deux rues lui confère un ensoleillement maximal.
Pour accompagner mon riz au thé vert, je commande un Kachôzan, de la famille des Horyokucha; soit un mélange de Gyokuro et de Macha dont la force de caractère a pour effet de stimuler la dégustation et d'éviter toute redondance.



L'Ochazuke peut nécessiter un temps d'adaptation. Au début, la texture liquide, très «mouillée» du plat, la présence omniprésente du thé vert imbibant chaque grain de riz et qui se boit à la cuillère peut en surprendre voir en rebuter plus d'un. Une fois franchie cette étape, on se laisse emporter par la magie de ce plat qui ne se livre pas immédiatement mais s'insinue en douceur dans le corps.
Comment ne pas penser aux moines zen versant un jour d'hiver le thé chaud sur le riz, ces parfums leur montant aux narines et prolongeant leur quiétude, ce sentiment d'appartenir à l'universel qui est avant tout l'art d'être au monde.
Il y a un peu et beaucoup de cela dans une simple cuillère d'Ochazuke.



 

Kilali

3-5 rue des Quatre Vents

75006 Paris

Tel: 01 43 25 65 64

 

Par Foodinandout - Publié dans : Japon
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